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Mo Dao Zu Shi

Traduit par la team : Dragonfly Fantrad
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Meilleur constraste
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Tome 1 Chapitre 10 – Arrogance ⑤


Wen Ning avait la tête légèrement inclinée et les bras ballants, dans une attitude de marionnette attendant les ordres de son maître.

Son visage était pâle et délicat, beau mais d’une façon mélancolique en quelque sorte. Cependant, ses yeux sans pupilles ne laissaient rien voir d’autre qu’un blanc nuageux, et des craquelures noires grimpaient le long de son cou jusqu’à son visage, transformant cette mélancolie en morosité effrayante. Les extrémités de ses manches et de sa robe étaient dépenaillées et déchirées, découvrant des poignets et des chevilles de la même teinte blême que son visage, emprisonnés par des menottes et des chaînes sombres qui traînaient au sol, à l’origine du tintement qui se faisait entendre. Chaque fois qu’il s’arrêtait, tout redevenait silencieux.

Il n’était pas difficile de deviner pourquoi les cultivateurs étaient dans tous leurs états. Wei WuXian lui-même n’était pas plus calme qu’eux. En vérité, les pulsations dans sa poitrine lui montaient complètement à la tête.

Ce n’était pas seulement que Wen Ning n’aurait pas dû être ici, en fait il n’aurait pas dû être encore de ce monde tout court. Il avait était réduit en cendres bien avant le siège des Tertres Funéraires (1).

En entendant les autres prononcer le nom de Wen Ning, la lame de Jin Ling, à l’origine dirigée vers la déesse dévoreuse d’âmes, se tourna irrépressiblement dans l’autre direction. Le voyant distrait, la déesse tendit joyeusement son bras et l’attrapa.

Wei WuXian, voyant la bouche ouverte de cette dernière s’approcher de Jin Ling, n’eut pas le temps de rester surpris plus longtemps. Il leva à nouveau sa flûte. Ses mains légèrement frémissantes faisaient trembler tout autant les notes qu’il jouait. La flûte avait été faite à la va-vite de surcroît, le son produit était donc râpeux et déplaisant à l’oreille. En deux notes, Wen Ning se mit à bouger.

En un clin d’œil, il arriva devant la déesse dévoreuse d’âmes. Wen Ning donna un coup du plat de la main. Il y eut un craquement, et, tandis que le reste de son corps restait immobile, le cou de la déesse se tordit sous la force du coup. Son visage se trouvait désormais du même côté que son dos, mais elle continuait à sourire néanmoins. Wen Ning lui asséna un autre coup, et la main droite de la déesse dévoreuse d’âmes, celle qui tenait Jin Ling, fut coupée net.

Elle se baissa pour regarder le poignet qui avait été sectionné. Plutôt que de tourner uniquement la tête, elle bougea la totalité de son corps, ce qui faisait qu’elle faisait face à Wen Ning avec le visage et le dos du même côté. Wei WuXian n’osait pas se détendre pour autant. Il inspira profondément et ordonna à Wen Ning de se battre. Cependant, après un moment, son choc initial s’aggrava.

Les cadavres de faibles niveaux étaient incapables de penser par eux-mêmes et avaient besoin de ses ordres pour agir. Les cadavres féroces (2) puissants, quant à eux, étaient en général violents ou inconscients. Pourtant, Wen Ning était un cas différents : il avait été créé par Wei WuXian, ce qui signifiait qu’on pouvait le considérer comme le cadavre féroce le plus puissant au monde. Il était le seul à être doué de conscience. Bien qu’il ne craignait ni les blessures, ni le feu, ni le froid, ni le poison, en bref rien de tout ce que pouvaient craindre les êtres humains vivants, il était en tout point pareil à ces derniers.

Cependant, à l’heure actuelle, Wen Ning n’était clairement pas conscient!

Il ne pouvait pas en croire ses yeux. Des cris alarmés retentirent dans la foule. À l’aide de ses bras et de ses jambes, Wen Ning avait plaqué la déesse au sol. Il s’empara d’un rocher qui traînait à côté, d’une taille supérieure à celle d’un homme, et le souleva au-dessus de la déesse dévoreuse d’âmes. Il se mit ensuite à la frapper avec force. Les impacts résonnaient aussi bruyamment que des coup de tonnerre, et se poursuivirent jusqu’à ce que le corps de la déesse soit réduit en pièces!

Au milieu des tas de pierres blanches éparpillés par terre gisait une sphère de la taille d’une bille, émettant des cercles de lumière d’un blanc neigeux. C’était le noyau qui s’était condensé à l’intérieur de la déesse après avoir dévoré les âmes d’une bonne dizaine de personnes. Si on le récupérait et qu’on en prenait soin, certaines des victimes récentes pourraient récupérer leurs âmes. Cependant, en cet instant, personne ne fit le moindre geste pour récupérer la sphère. Les lames qui visaient auparavant la déesse dévoreuse d’âmes changèrent de cible.

« Encerclez-le! » hurla de toutes ses forces un des cultivateurs.

Certains répondirent avec précaution, mais la plupart restaient indécis, reculant lentement. Le cultivateur hurla à nouveau :

« Mes amis cultivateurs, nous devons l’arrêter et l’empêcher de fuir! C’est à Wen Ning que nous faisons face! »

Ces mots achevèrent de tous les convaincre. Que représentait un simple monstre dévoreur d’âmes comparé au Général Fantôme? Même si la raison de son apparition était inconnue, il ne faisait aucun doute que tuer un millier d’esprits dévoreur d’âmes ne valait même pas la capture d’un seul Wen Ning. Après tout, on parlait du chien enragé le plus obéissant du Patriarche de YiLing, celui qui mordait les gens sans émettre le moindre bruit. S’ils parvenaient à le capturer, ils deviendraient très sûrement célèbres dans le monde de la cultivation et verraient leur statut s’élever d’un seul coup! L’objectif original de leur participation à la chasse nocturne de la Montagne Dafan était de se battre contre des fées, des bêtes, et des mauvais esprits pour gagner en expérience. Mais au vu des cris que certains poussaient, il était évident qu’un grand nombre de personnes étaient intéressées. Néanmoins, les cultivateurs les plus âgés qui avaient eu l’occasion de voir de leur propres yeux à quel point Wen Ning était sauvage quand il était déchaîné restaient prudents. Le cultivateur les harangua donc encore :

« De quoi avez-vous peur? Ce n’est pas comme si le Patriarche de YiLing était dans les parages. »

Après réflexion, les autres cultivateurs se dirent que ces paroles semblaient censées. Qu’y avait-il à craindre? Son maître avait déjà été démembré!

Il en résulta que le cercle d’épées autour de Wen Ning rétrécit brusquement. Wen Ning secoua son bras, et les chaînes de fer noir se soulevèrent lourdement, frappant les épées de façon à ce que leurs lames se détournent de leur cible. Juste après, il s’avança et saisit la gorge de la personne la plus proche. Il lui suffit de le soulever légèrement pour que ses pieds quittent le sol. En voyant la situation, Wei WuXian comprit que les notes qu’il jouait à la flûte étaient trop rapides et trop abruptes et qu’elles exacerbaient les intentions meurtrières de Wen Ning. Pour le réprimer, Wei WuXian s’enjoignit au calme et, avec assurance, joua une autre mélodie.

La mélodie lui était naturellement venue en tête. Elle était tranquille et apaisée, contrastant avec l’étrange complainte perçante qu’il jouait précédemment. À l’écoute de la musique, Wen Ning se figea, avant de se tourner lentement en direction de l’endroit d’où provenait la mélodie. Wei WuXian resta au même emplacement, fixant ses yeux dénués de pupilles.

Après un moment, Wen Ning détendit sa main et lâcha le cultivateur. Il abaissa son bras et s’approcha lentement de Wei WuXian.

La tête baissée tandis qu’ils traînaient ses multiples chaînes de fer, son attitude semblait presque abattue. Wei WuXian recula tout en jouant de sa flûte, le guidant à sa suite. Ils continuèrent ainsi sur une certaine distance et s’enfoncèrent dans la forêt, quand soudain, Wei WuXian sentit l’odeur fraîche du bois de santal.

Immédiatement après, son dos buta contre quelque chose. Une douleur brutale à son poignet interrompit la musique. “Oh, non…”  songea Wei WuXian, avant de se retourner. Son regard se heurta à celui de Lan WangJi. Ses yeux étaient clairs au point d’avoir l’air physiquement froid.

La situation semblait mal partie. Lan WangJi l’avait vu de ses propres yeux utiliser la flûte pour contrôler des cadavres.

La main de Lan WangJi agrippait fermement la sienne. Wen Ning se tenait immobile à environ deux zhang d’eux et regardait autour de lui avec lenteur, comme s’il cherchait la mélodie qui s’était soudain arrêtée. Des lumières de torches et des voix humaines se disséminaient dans les profondeurs de la forêt. Wei WuXian réfléchit rapidement et prit une décision : et alors, qu’est-ce que ça faisait si Lan WangJi l’avait vu joué plus tôt? Les gens qui savaient jouer de la flûte se comptaient par dizaines de milliers, et le nombre de personnes qui imitaient la méthode du Patriarche de YiLing pour contrôler les corps via le son d’une flûte pouvaient former une secte à eux tous seuls. Il ne confesserait rien, quoi qu’il advienne!

Il ignora résolument la main qui l’agrippait et leva le bras pour continuer à jouer. Cette fois, le tempo était plus rapide, comme s’il l’exhortait ou le grondait. L’air n’était pas régulier, et chaque note craquait à la fin, stridente et âpre. La main de Lan WangJi serra soudain sa prise, à lui en briser le poignet. Les doigts de Wei WuXian se relâchèrent sous l’effet de la douleur, et la flûte en bois tomba au sol.

Fort heureusement, ses ordres étaient suffisamment clairs. Wen Ning battit vivement en retraite, disparaissant sans un bruit dans la sombre et lugubre forêt. Wei WuXian, craignant que Lan WangJi ne se lance à la poursuite de Wen Ning, le prit à revers et l’attrapa à son tour. Cependant, contre toute attente, Lan WangJi n’avait pas regardé Wen Ning une seule fois, et n’avait pas quitté des yeux Wei WuXian tout du long. Les deux se tenaient face à face et s’agrippaient mutuellement le bras en se dévisageant.

Au même moment, Jiang Cheng arriva.

Il avait patienté et attendu le résultat de la chasse au Pied de Bouddha, mais avant même d’avoir fini une seule tasse de thé, un disciple qui avait descendu la montagne en toute hâte lui avait rapporté à quel point la chose qui hantait la Montagne Dafan était puissante et cruelle. À ces mots, le rythme cardiaque de Jiang Cheng s’était emballé et il s’était rué sur place.

« A-Ling! »

Jin Ling avait failli perdre son âme un peu plus tôt, mais il allait bien à présent, et tenait fermement debout sur ses deux jambes.

« Mon oncle! »

Après s’être assuré que Jin Ling était sain et sauf, Jiang Cheng finit par se calmer. L’instant suivant, il le réprimandait sévèrement.

« Tu n’avais pas pris des signaux lumineux avec toi? Tu es au courant que tu es censé les utiliser quand tu fais face à une situation pareille? Qui est-ce que tu cherches à impressionner en jouant les durs? Viens donc un peu par ici! »

Jin Ling était lui aussi énervé de ne pas avoir capturé la déesse dévoreuse d’âmes.

« Ce n’est pas toi qui m’as dit que je devais capturer la créature? Et que si je ne la capturais pas, je ne devais pas me présenter devant toi? »

Jiang Cheng avait une furieuse envie de gifler ce sale gamin si fort qu’il en retournerait dans le ventre de sa mère. Cependant, il avait effectivement prononcé de telles paroles, il ne pouvait pas le nier. Il ne lui restait plus qu’à se tourner vers les cultivateurs qui gisaient au sol pour leur lancer sarcastiquement :

« Et vous alors, qu’est-ce qui a bien pu vous mettre dans un état pareil? »

Parmi les cultivateurs arborant différentes couleurs d’uniforme, certains étaient des disciples de YunmengJiang déguisés, à qui Jiang Cheng avait donné l’ordre d’assister secrètement Jin Ling au cas où il ne parviendrait pas à triompher. Quel aîné attentionné il faisait, pour en arriver à de telles extrémités. Un des cultivateurs qui n’avait pas encore surmonté le choc répondit :

« Chef de Secte, Chef de Secte, c’est… C’est Wen Ning… »

Jiang Cheng crut avoir mal entendu.

« Qu’as-tu dit?

— Wen Ning est de retour! »

Choc, dégoût, colère et incrédulité traversèrent le visage de Jiang Cheng en un instant.

Après un long moment, il reprit avec acidité :

« Cette chose a été réduite en poussière sous les yeux de tous il y a longtemps déjà, comment peut-il être de retour?

— C’est vraiment Wen Ning! répondit le disciple. Il n’y a pas d’erreur possible! Mes yeux n’ont pas pu me tromper! »

Il pointa soudain son doigt vers le côté.

« … C’est lui qui l’a invoqué! »

Wei WuXian était toujours dans une impasse avec Lan WangJi. Tous deux étaient subitement devenus le centre de l’attention de tout le monde. Les yeux de Jiang Cheng lançaient des éclairs dans leur direction.

Quelque temps après, la commissure des lèvres de Jiang Cheng se releva en un sourire grimaçant, tandis que sa main gauche recommençait à caresser inconsciemment son anneau. Il déclara calmement :

« … Bien, bien. Alors tu es de retour? »

Il écarta sa main gauche, de laquelle pendait désormais un long fouet.

Ce dernier était extrêmement fin. Comme son nom l’indiquait, c’était un flot d’éclairs violets grésillant comme s’ils venaient juste d’être extirpés d’un ciel lourd de nuages orageux. L’une de ses extrémités en main, il brandit le fouet qui envoya alors un vif jet de lumière!

Avant que Wei WuXian n’ait le temps de bouger, Lan WangJi avait déjà placé sa cithare en face de lui. Il joua un unique accord plein d’assurance dont l’effet était similaire à un galet qui créait des milliers de vagues dans l’eau. Le son du guqin, qui avait engendré d’innombrables ondulations dans l’air, se heurta à Zidian. Ce dernier s’affaiblit, tandis que le précédent se renforça.

Les précédentes résolutions de Jiang Cheng de “ne pas se battre précipitamment contre lui” et “d’éviter de contrarier le clan Lan” auraient tout aussi bien pu être données à manger à des chiens. Au-dessus de la Montagne Dafan, des rayons de lumière violette traversaient le ciel nocturne, le rendant parfois aussi clair qu’en plein jour. Les rugissements assourdissants des coups de tonnerre alternaient avec les ondes des notes du guqin. Les autres cultivateurs se retirèrent rapidement jusqu’à une distance sûre, et restèrent là, à observer la scène. Ils étaient à la fois terrifiés et fascinés. Après tout, rares étaient les occasions de voir deux célèbres cultivateurs de familles proéminentes s’affronter directement. Chacun d’eux aurait voulu que le combat soit encore plus violent et intense, et parmi eux, certains espéraient même secrètement que les relations entre les clans Lan et Jiang se détérioreraient, engendrant ainsi un scénario des plus intéressants. Parallèlement à tout ça, Wei WuXian attendait sa chance, et soudain, il s’enfuit en courant.

L’audience était consternée. S’il n’avait pas encore reçu de coup de fouet, c’était uniquement parce que Lan WangJi lui servait de barrière. Détaler comme il l’avait fait, c’était signer son arrêt de mort!

Comme tous s’y attendaient, Jiang Cheng, comme s’il avait des yeux derrière la tête, s’apperçut qu’il était sorti de la zone de protection de Lan WangJi, et était déterminé à saisir cette chance. En un claquement de fouet, Zidian se jeta sur lui comme un dragon venimeux, et atterrit précisément au milieu de son dos.

Wei WuXian fut presque envoyé en l’air par le coup de fouet. S’il n’avait pas été intercepté par l’âne, il aurait directement atterri contre un arbre. Cependant, après cette action, Lan WangJi et Jiang Cheng s’arrêtèrent, stupéfaits.

Wei WuXian se massa le bas du dos et tituba en se soutenant grâce à l’âne. Il se cacha derrière ce dernier et se mit à rouspéter :

« Alors ça c’est trop fort! On peut vraiment faire ce qu’on veut quand on vient d’un clan puissant, pas vrai? On peut même lyncher n’importe qui! Tss-tss-tss! »

Lan WangJi : « … »

Jiang Cheng : « … »

Ce dernier était choqué et furieux :

« Mais que se passe-t-il? »

Un des pouvoirs uniques de Zidian était que, s’il frappait une personne dont le corps était possédé par quelqu’un d’autre, l’âme et l’enveloppe physique étaient immédiatement séparées l’une de l’autre. Sans la moindre exception, l’âme finissait éjectée du corps. Pourtant, Wei WuXian était encore capable de bouger tranquillement et de courir dans tous les sens après avoir été frappé. La seule explication était que ce corps n’était pas possédé.

“Bien sûr que Zidian ne peut pas expulser mon âme,” songea Wei WuXian. “Je n’ai jamais pris possession du corps de qui que ce soit, on m’en a donné un de force!”

Le visage de Jiang Cheng reflétait sa perplexité. Il se prépara à donner un autre coup de fouet quand Lan JingYi s’écria :

« Chef de Secte Jiang, cela devrait suffire, non? On parle quand même de Zidian! »

Il était tout simplement impossible pour une arme magique du niveau de Zidian que la première tentative échoue et que la seconde réussisse. Si rien n’avait été expulsé du premier coup, alors il n’y avait rien à expulser et il ne pouvait pas s’agir d’un cas de possession. Cette remarque rendit Jiang Cheng, qui se souciait plus que tout de préserver sa réputation, incapable de faire un geste.

Cependant, si ce n’était pas Wei WuXian, qui d’autre pouvait avoir invoqué et contrôlé Wen Ning?

Même après avoir retourné la question dans tous les sens, Jiang Cheng ne pouvait l’accepter. Il pointa Wei WuXian du doigt et gronda :

« Mais bon sang, qui es-tu? »

Finalement, un spectateur indiscret se mêla à la conversation. Il se racla la gorge.

« Chef de Secte Jiang, vous ne devez sans doute pas prêter attention à ces choses-là, donc vous n’êtes peut-être pas au courant. Mo XuanYu faisait partie de la secte LanlingJin, c’était le… Ahem, c’était un disciple extérieur du clan Jin. Mais comme son pouvoir spirituel était médiocre, qu’il n’était pas très studieux, et aussi parce qu’il était comme ça… Bref, il a harcelé un de ses pairs et il a été expulsé de la secte. J’ai aussi entendu dire qu’il avait perdu la tête? À mon avis, il devait être frustré de ne pas pouvoir cultiver en utilisant la méthode correcte, et il s’est laissé tenté par la mauvaise voie. Je ne pense pas que ce soit… le Patriarche de YiLing qui possède son corps.

— Il était “comme ça”? C’est-à-dire?

— Eh bien… C’est-à-dire “comme ça”…  »

Quelqu’un d’autre ne put s’empêcher de commenter :

« Le penchant de la manche coupée (3)! »

Jiang Cheng fronça les sourcils. Ses yeux semblèrent encore plus dégoûtés alors qu’il dévisageait Wei WuXian. Les gens avaient bien d’autres commentaires à ajouter, mais ils n’osaient pas les dire en face de Jiang Cheng.

En dépit de sa sinistre réputation, les gens devaient bien admettre qu’avant que le Patriarch de YiLing Wei WuXian ne trahisse la secte YunmengJiang, il était connu pour être un très beau jeune homme et un cultivateur raffiné doué dans les six arts (4). Il était classé quatrième parmi tous les jeunes gens du monde de la cultivation, souvent décrit comme bon vivant et enjoué. Parallèlement, le Chef de Secte Jiang au tempérament orageux était classé cinquième, juste une place en dessous, par conséquent personne n’était assez fou pour remettre le sujet sur le tapis devant lui. Wei Ying était un homme désinvolte et exubérant qui aimait entretenir des liens compliqués et ambigus avec de jolies filles. Personne ne savait combien de cultivatrices étaient tombées sous son charme, mais personne n’avait jamais entendu dire qu’il était aussi attiré par les hommes. Même s’il avait voulu prendre possession d’un corps pour prendre sa revanche… en se référant aux goûts de Wei Ying, il n’aurait sûrement pas choisi une manche-coupée à qui il manquait une case et qui chevauchait un âne tout en mangeant des fruits et en arborant un visage maquillé comme un fantôme de pendu!

Quelqu’un d’autre marmonna :

« Ça ne peut pas être lui, peu importe comment on envisage les choses… Sa façon de jouer de la flûte était horrible, en plus… C’est très certainement juste une pâle imitation, vu comme sa façon de jouer est inférieure. »

Pendant la Campagne de la Chute du Soleil (5), le Patriarche de YiLing se tenait debout sur le champ de bataille et jouait de la flûte toute la nuit durant, manipulant ses spectres-soldats comme une armée vivante. Il piétinait tous les obstacles : qu’ils soient humains ou dieux, tous ceux qui se mettaient en travers de sa route finissaient terrassés. La musique de sa flûte semblait jouée par un Immortel, et ne pouvait absolument pas être comparée aux horribles stridulations qu’avait joué le fils rejeté du clan Jin. Peu importait à quel point le caractère de Wei WuXian était cruel, c’était trop insultant de le comparer à ça.

Wei WuXian se sentit quelque peu offensé. “… Pourquoi tu n’essaierais pas de jouer quelques notes après plus de dix ans sans pratiquer et en utilisant une flûte minable faite en deux-trois coups de lame? Si tu réussi à sortir quelque chose de plaisant à l’oreille, je m’agenouille devant toi!”

Un peu plus tôt, Jiang Cheng était persuadé que cette personne était Wei WuXian, et son sang s’était mis à bouillir. Mais à l’instant, Zidian avait clairement démontré que ce n’était pas le cas. Zidian ne pouvait pas lui mentir ni commettre d’erreur. Il se calma rapidement et réfléchit. “Ça ne veut absolument rien dire. Je dois d’abord trouver une excuse pour le ramener avec moi et utiliser toutes les méthodes possibles pour lui extorquer des informations. De toutes façons, j’ai déjà fait ce genre de chose par le passé.” Après avoir bien étudié la question, il esquissa un signe. Les disciples comprirent ses intentions et s’approchèrent.

Wei WuXian se précipita immédiatement avec son âne derrière Lan WangJi, et s’exclama en serrant sa poitrine :

« Ah! Qu’est-ce que vous voulez faire de moi? »

Lan WangJi lui jeta un regard, endurant son comportement extrêmement discourtois, bruyant et exagéré.

Voyant qu’il n’y avait pas moyen de s’approcher de sa cible, Jiang Cheng dit :

« Second Jeune Maître Lan, êtes-vous en train de volontairement rendre les choses difficiles pour moi? »

Tous dans le monde de la cultivation savaient que le jeune Chef du clan Jiang anticipait le retour de Wei WuXian d’une façon que d’aucuns qualifieraient de pathologique. Il préférait encore capturer la mauvaise personne plutôt que de laisser s’échapper la moindre possibilité, il ramenait à YunmengJiang tous ceux qui semblaient receler l’âme de Wei WuXian, et leur infligeait là-bas de sévères tortures. S’il voulait s’emparer de quelqu’un, tout opposant risquait d’y laisser au moins la moitié de sa vie.

« Chef de Secte Jiang, intervint Lan SiZhui. Les preuves sont formelles : le corps de Mo XuanYu n’est pas possédé. Puisque c’est ainsi, pourquoi vouloir s’acharner sur une personne sans importance comme lui?

— Dans ce cas, répondit froidement Jiang Cheng, pourquoi le Second Jeune Maître Lan en arrive-t-il à de telles extrémités pour protéger une personne sans importance comme lui? »

Sans crier gare, Wei WuXian lâcha quelques gloussements réprimés.

« Chef de Secte Jiang, hmm, je risque de me sentir vraiment troublé si vous continuez comme ça. »

Jiang Cheng fronça les sourcils à nouveau. Son instinct lui disait que ce qui allait sortir de la bouche de cette personne ne lui plairait définitivement pas.

« Merci de votre fervent enthousiasme, reprit Wei WuXian. Néanmoins, vos intentions sont quelque peu déplacées. Même si je suis attiré par les hommes, ça ne signifie pas pour autant que j’aime n’importe quel type d’homme, et encore moins que je suivrai le premier à me faire un signe de la main. Par exemple, je ne suis pas intéressé par les hommes comme vous. »

Wei WuXian essayait volontairement de le dégoûter. Jiang Cheng avait toujours détesté perdre quand il était comparé à quelqu’un d’autre, aussi stupide que soit cette comparaison. Si quelqu’un s’avisait de dire qu’il était moins bon qu’un autre, il s’énervait et ne pouvait penser à rien d’autre tant qu’il ne gagnait pas contre cette personne. Sans surprise, Jiang Cheng afficha un air sombre.

« Oh, vraiment? Dans ce cas, puis-je savoir quel type t’intéresse?

— Quel type? répondit Wei WuXian. Eh bien, je suis vraiment très attiré par les gens comme HanGuang-Jun. »

Lan WangJi ne pouvait pas supporter ce genre de plaisanterie frivole et stupide. S’il se sentait dégoûté, il tracerait définitivement une frontière entre eux et se tiendrait à distance. Rebuter deux personnes en une fois : ça, c’était faire d’une pierre deux coups!

Cependant, en entendant ces mots, Lan WangJi se retourna. Son visage était impassible.

« C’est noté.

— Hmm? » réagit Wei WuXian.

Lan WangJi se détourna de lui et déclara d’une manière solennelle mais résolue :

« J’emmène cette personne à GusuLan. »

Wei WuXian : « … »

Wei WuXian : « … Hein? »

 


 

NDT

(1) Tertres Funéraires : auparavant traduit par “Colline Luanzang”, mais finalement je ne vois pas l’intérêt de ne pas traduire littéralement le funeste nom de la fameuse résidence du Patriarche de YiLing, surtout que j’ai déjà choisi de garder la traduction littérale du nom des demeures des autres sectes.

NB : les chapitres précédents seront bientôt modifiés en conséquence.

(2) Cadavres féroces : au cas où ce n’était pas clair jusque là, cette expression désigne bien un type de cadavre ambulant précis. Il s’agit des cadavre les plus puissants, animés d’un ressentiment particulièrement fort.

(3) Manche-coupée : charmant euphémisme faisant référence à l’homosexualité masculine. Cette expression provient d’une anecdote concernant l’Empereur Han AiDi, et Dong Xian, un de ses officiers, tombés amoureux d’un de l’autre. Un jour ou les deux hommes dormaient ensemble, l’empereur fut réveillé pour affaire urgente. Ne voulant pas troubler le sommeil de son amant qui s’était endormi sur la manche de son vêtement, il choisit tout simplement de découper cette dernière. Ce terme peut être utilisé aussi bien comme nom que comme adjectif.

(4) Les six arts : traditionnellement, les six arts sont les disciplines que tout intellectuel se devait d’étudier et de maîtriser pour être un parfait gentilhomme. Il s’agit des rites, de la musique, du tir à l’arc, de la course de char, de la calligraphie et des mathématiques. L’expression peut avoir un sens plus large ne se limitant pas à ces disciplines, et peut ici être tout simplement interprété comme signifiant que Wei WuXian était un jeune homme talentueux et cultivé dans des domaines divers et variés.

(5) La Campagne de la Chute du Soleil : littéralement “la Campagne pour faire tomber le Soleil”. La nature de cette guerre sera davantage expliquée dans la suite du récit.

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Traduit par la team : Dragonfly Fantrad