Flux RSS

Mo Dao Zu Shi

Traduit par la team : Dragonfly Fantrad
<> A- A A+

 

Meilleur constraste
Laisser appuyer le bouton gauche de la souris une seconde et relacher pour créer un marque-page à l'endroit que vous souhaitez.

Tome 1 Chapitre 3 – Agression ①


Wei WuXian voulait nettoyer son visage pour voir de quoi il avait vraiment l’air dans ce nouveau corps, mais il ne semblait pas y avoir d’eau dans la pièce, que ce soit pour se désaltérer ou pour se laver. Il y avait bien un seul récipient ressemblant vaguement à une bassine, mais il supposait qu’il devait servir de pot de chambre.

Il poussa la porte, mais elle était fermée par un loquet, sans doute pour l’empêcher de vagabonder dehors.

Rien de tout ça ne lui faisait ressentir le bonheur d’être réincarné!

Il finit par conclure qu’il pouvait tout aussi bien s’asseoir en position du Lotus¹ et s’habituer à son nouveau chez-lui. Le temps poursuivit son cours, la journée passa. Lorsqu’il ouvrit les yeux, les rayons du soleil s’infiltraient à travers les interstices de la porte et des fenêtres. Bien qu’il soit capable de se lever et de marcher un peu, il se sentait encore un peu étourdi.

Wei Wu Xian était perplexe. “La quantité d’énergie spirituelle de Mo XuanYu est suffisamment basse pour être négligeable, il ne devrait donc pas y avoir de raison m’empêchant de contrôler ce corps convenablement. Pourquoi je n’y arrive pas?”

Soudain, un bruit émana de son estomac, et il réalisa que ça n’avait absolument rien à voir avec son énergie spirituelle. C’était seulement dû au fait que ce corps n’avait pas pratiqué l’inedia² et était donc affamé. S’il ne trouvait pas de nourriture, il risquait de devenir le premier spectre réincarné à mourir de faim dès son retour.

Wei WuXian levait sa jambe et s’apprêtait à donner un coup de pied dans la porte quand il entendit un bruit de pas qui s’approchait. Quelqu’un cogna la porte et grogna :

« C’est l’heure de manger! »

Cependant, la porte ne semblait pas avoir été ouverte. Wei WuXian baissa les yeux et aperçut une porte miniature en bas de la grande, en face de laquelle était placé un bol.

Le serviteur à l’extérieur rouspéta à nouveau :

« Hop, hop! Qu’est-ce que tu attends? Et remets le bol dehors quand tu as fini! »

La trappe était légèrement plus petite que celles habituellement utilisées par les chiens pour pouvoir entrer et sortir : trop étroite pour laisser passer un homme, juste assez grande pour faire passer des bols facilement. Il y avait deux plats et une portion de riz. Le tout semblait peu ragoûtant.

Wei WuXian s’amusa avec la paire de baguettes plantée dans le bol de riz, déçu.

Le Patriarche de YiLing venait de revenir à la vie, et la première chose à laquelle il avait droit, c’était un coup de pied et des remontrances, sans parler des restes qu’on lui servait en guise de banquet de bienvenue. Où étaient le sang et le carnage? Les massacres impitoyables? La destruction absolue? Qui l’aurait reconnu? Il était comme le tigre dans la plaine, le dragon en eaux peu profondes, le phénix sans son plumage, privé de sa grandeur et rabaissé par plus faibles que lui.

Le serviteur à l’extérieur parla à nouveau, mais d’un ton rieur cette fois.

« A-Ding³! Viens par-ici! »

La douce voix d’une jeune fille répondit au loin :

« A-Tong, tu amènes encore le repas de l’autre?

— Pour quelle autre raison je viendrais dans cette cour de malheur? » répondit-il en faisant claquer sa langue.

La voix de A-Ding semblait s’être rapprochée, elle venait maintenant de juste en face de la porte.

« Tu as juste à livrer un repas par jour, et personne ne se soucie que tu passes le reste du temps à paresser. C’est une corvée toute simple, et pourtant tu te plains. Regarde-moi, je suis tellement occupée que je n’ai même plus le temps de sortir pour m’amuser.

—  Je ne fais pas que lui amener à manger! Et comment tu peux vouloir sortir par les temps qui courent? Avec ces Cadavres Ambulants dehors, tout le monde s’enferme chez-soi! »

Wei Wu Xian s’était agenouillé près de la porte et écoutait pendant qu’il mangeait.

Apparemment, depuis quelque temps, le village de Mo n’était plus aussi paisible. Les Cadavres Ambulants, comme leur nom l’indiquait, était des morts capable de se déplacer, un type de Cadavre Modifié de faible niveau. À moins que l’individu décédé ne soit porteur d’un fort ressentiment, c’était en général des créatures apathiques au regard vide. Ils n’étaient pas excessivement dangereux, mais suffisaient à affoler les gens normaux, en particulier à cause de leur odeur nauséabonde à vomir.

A-Tong fanfaronna :

« Si tu veux sortir, il faudra que ce soit avec moi, comme ça, je pourrais te protéger…

— Toi? Me protéger? Arrête de crâner, tu es même sûr de pouvoir vaincre ces choses? rétorqua A-Ding.

—  Si je peux pas les vaincre, personne ne le peut, répondit sèchement A-Tong.

— Et comment tu sais que personne ne peut les vaincre? ria A-Ding. Laisse-moi te raconter : aujourd’hui, des cultivateurs sont arrivés au village de Mo. J’ai entendu dire qu’ils venaient d’un clan proéminent! La Dame discute en ce moment avec eux dans la Grand-Salle, et tout le monde au village est allé voir. Tu n’entends pas tout ce bruit? Je n’ai pas le temps de jouer avec toi, ils vont sans doute me donner du travail à faire après. »

Wei WuXian se mit à écouter attentivement. Le faible chahut lointain venait certainement de l’est. Il prit le temps de réfléchir, se leva, puis défonça la porte, qui craqua avec un “clank” retentissant.

Jusque-là, les deux serviteurs, A-Ding et A-Tong, flirtaient l’un avec l’autre, mais quand la porte s’ouvrit soudainement, ils se mirent à crier. Wei WuXian jeta son bol et sortit, tressaillant sous la vive lumière des rayons du soleil. Il se massa les tempes en fermant les yeux pendant un moment. Un instant plus tôt, A-Tong avait crié encore plus fort que A-Ding, mais lorsqu’il réalisa que ce n’était que Mo XuanYu, la personne que tout le monde pouvait ridiculiser, il reprit courage. Il pensait qu’il avait perdu la face devant A-Ding et voulait se rattraper, alors il morigéna Mo XuanYu en faisant des gestes de la main comme s’il chassait un chien.

« Oust! Du vent! Va-t’en! Pourquoi t’es sorti? »

A-Tong le traitait moins bien que s’il avait été un mendiant ou un insecte. La plupart du temps, c’était ainsi que les serviteurs de la famille Mo traitaient Mo XuanYu puisqu’il n’opposait jamais aucune résistance. Wei WuXian donna un léger coup de pied à A-Tong qui fit tomber ce dernier, et rigola.

« Quel culot de la part d’un simple garçon de courses d’humilier les autres ainsi! »

Sur ces bonnes paroles, il se dirigea vers le boucan à l’est. Un grand nombre de personnes s’était réuni autour et à l’intérieur de la salle. Alors que Wei WuXian pénétra dans la cour, une femme prit la parole d’une voix quelques octaves plus haute que celles des autres.

« Un des plus jeunes membres de notre famille a également été un cultivateur… »

Ce devait être Madame Mo qui essayait encore de créer des relations avec le clan de cultivation. Wei WuXian n’attendit pas qu’elle finisse de parler et se fraya rapidement un chemin dans la foule jusqu’à la salle, affichant un large sourire.

« J’arrive, j’arrive! Je suis juste là! »

Une femme d’âge moyen, bien conservée et parée de vêtements fastueux, était assise dans la Grand-Salle. Il s’agissait de Madame Mo. Son époux était installé un peu en dessous d’elle, et face à eux était assis des garçons vêtus de blanc. L’arrivée de ce détraqué débraillé au milieu de l’assemblée mit fin à tous les bavardages, mais Wei WuXian s’exprima sans la moindre honte, comme s’il n’avait pas du tout remarqué l’atmosphère pesante.

« Qui m’a appelé toute à l’heure? Je suis le seul à avoir été un cultivateur! »

Il y avait trop de maquillage sur son visage, et alors qu’il souriait, un peu de poudre s’envola de son visage. Un jeune cultivateur, sur le point d’éclater de rire, laissa échapper un “pfft”. Son visage redevint sérieux d’un coup quand un autre garçon, visiblement le leader du groupe, lui lança un regard désapprobateur.

Wei WuXian balaya la scène du regard. Il pensait que les serviteurs, par ignorance, avaient exagéré la situation, mais il fut surpris de constater que c’était bien là les disciples d’un “clan proéminent”.

Les adolescents portaient des tenues aux manches aériennes et des ceintures flottantes. Ils étaient plutôt jolis garçons, incontestablement un régal pour les yeux. Leur uniforme indiquait très clairement qu’ils venaient de la secte GusuLan. Ils devaient même faire partie des plus jeunes membres du clan Lan, puisqu’ils portaient tous des rubans frontaux blancs de la largeur d’un doigt, estampillés de motifs à nuages.

La devise de la secte GusuLan était “Rigueur”. Le ruban frontal symbolisait la “bonne conduite” et le motif à nuage était le blason officiel du clan Lan, que les cultivateurs venant d’autres familles n’avait pas le droit de porter. Wei WuXian grinçait des dents chaque fois qu’il tombait sur quelqu’un du clan Lan. Dans son ancienne vie, leur uniforme lui avait toujours fait penser à des “vêtements de deuil”, c’est pour cela qu’il ne pourrait jamais se méprendre.

Dame Mo n’avait pas vu son neveu depuis longtemps, et mit un moment avant de se remettre de sa consternation et comprendre qui était cette personne lourdement maquillée. Elle était furieuse, mais elle ne voulait pas perdre contenance en se mettant en colère, elle chuchota donc à son mari :

« Qui l’a laissé sortir? Ramène-le d’où il vient! »

Son époux lui sourit immédiatement pour la calmer et s’approcha, l’air agacé, prêt à traîner l’importun hors de là. Cependant, Wei Wuxian s’affala brutalement par terre et fixa fermement ses membres au sol. Personne ne parvint à le faire se relever, même avec l’intervention de plusieurs serviteurs. À mesure que le visage de Dame Mo s’assombrissait, son époux se mit à suer à grosses goûtes.

« … Toi… Satané fou! Si tu ne retournes pas chez toi maintenant, attends de voir ce que tu auras comme punition! » gronda-t-il.

Bien que tous au village de Mo savaient qu’il y avait dans la famille Mo un jeune maître qui avait perdu la tête, cela faisait quelques années que Mo XuanYu s’était réfugié dans cette sombre pièce, apeuré à l’idée d’en sortir. En voyant comme à la fois son apparence et ses actes ressemblaient à ceux d’une bête, les gens se mirent à murmurer entre eux, attendant avec impatience le spectacle que cela promettait.

« Je pourrais retourner chez moi si vous voulez, commença Wei WuXian, mais dites lui de me rendre d’abord ce qu’il m’a volé! »

Il pointa Mo ZiYuan du doigt. Ce dernier ne s’attendait pas que ce bon à rien d’aliéné ait le culot de créer des problèmes ici, surtout après la punition de la veille. Il pâlit.

« C’est n’importe quoi! Quand est-ce que j’ai déjà volé tes affaires? Pourquoi j’aurai besoin de te prendre quoi que ce soit?

— Mais oui, mais oui. Ce n’était pas du vol, c’était un cambriolage! » lança Wei WuXian.

Dame Mo n’avait encore rien dit, mais Mo ZiYuan était furibond, et s’apprêtait à lui donner un coup de pied. Cependant, un des garçons en blanc portant une épée agita légèrement un doigt, et Mo ZiYuan glissa et tomba, son pied frôlant à peine sa cible. Toutefois, Wei WuXian se roula quand même sur le sol comme s’il avait vraiment reçu un coup, et ouvrit en grand le haut de son vêtement pour montrer l’empreinte de pied que Mo ZiYuan lui avait laissé la veille.

Les témoins songèrent que, de toute évidence, Mo XuanYu ne pouvait pas s’être donné un coup de pied lui-même. Sachant que Mo ZiYuan avait toujours été imprudent et arrogant, qui d’autre pouvait être coupable?  Dans tous les cas, la famille Mo avait été trop sévère envers son propre sang. Il était clair que, quand il venait juste de revenir, Mo XuanYu n’était pas aussi dérangé, sa condition avait donc dû être aggravée par les membres de sa famille. Quoiqu’il en soit, tout convenait tant qu’il y avait du spectacle en perspective. Et celui-ci s’annonçait bien plus intéressant que l’arrivée des cultivateurs!

Jusque là, Dame Mo l’avait ignoré, ne voulant pas s’embêter à discuter avec un malade mental. Elle avait juste donné l’ordre de le faire sortir. Maintenant, elle comprenait : Mo XuanYu était sans le moindre doute venu préparé. Son esprit était tout à fait lucide, et il les avait délibérément discrédités. Elle s’en sentit à la fois choquée et pleine de haine.

« Tu as fait exprès de faire une scène, n’est-ce pas?

— Il a volé ce qui m’appartient, et je suis là pour le récupérer. Ça aussi, ça compte comme “faire une scène”? » répondit-il platement.

Avec autant d’yeux fixés sur eux, Dame Mo ne pouvait ni le frapper, ni le jeter dehors. La colère s’accumulait en son for intérieur, et elle dut y mettre toute sa volonté pour se forcer à trouver un compromis.

« Un vol? Un cambriolage? C’est un peu irrespectueux, si tu veux mon avis. Nous faisons tous partie de la même famille, et il voulait juste y jeter un œil. A-Yuan³ est comme ton petit frère, qu’y a-t-il de mal à ce qu’il te prenne quelques-unes de tes affaires? En tant que grand frère, tu ne devrais pas être aussi réticent à lui prêter un ou deux de tes jouets, non? Ce n’est pas comme s’il ne comptait pas te les rendre. »

Les garçons du clan Lan s’entre-regardaient silencieusement. Ces jeunes garçons avaient grandi au sein d’une secte de cultivation, exposés uniquement à la splendeur et rien d’autre. Il n’avait probablement jamais assisté à ce genre de farce, ni même jamais entendu ce type de raisonnement. Wei WuXian, en riant hystériquement dans sa tête, tendit la main.

« Dans ce cas, rends-les moi. »

Bien entendu, c’était impossible pour Mo ZiYuan de rendre quoi que ce soit, puisqu’il avait soit jeté, soit réduit en pièces les objets en question. Même s’il avait été en mesure de les rendre, sa fierté ne l’aurait pas permis. Son visage devint violet de rage, et il s’écria :

« … Maman! » Ses yeux lançaient des éclairs. « Tu vas vraiment le laisser me traiter ainsi? »

Dame Mo lui lança un regard noir, lui signifiant de ne pas empirer la situation. Cependant, Wei WuXian prit de nouveau la parole.

« Non seulement il n’aurait pas dû voler mes affaires, mais en plus il n’aurait pas dû le faire en plein milieu de la nuit… Tout le monde sait que je suis attiré par les hommes. Même si lui n’en a pas honte, j’essaie de rester discret, moi. »

Dame Mo s’étouffa d’indignation, puis hurla :

« De quoi parles-tu donc devant tous les villageois? N’as-tu aucune gêne? A-Yuan est ton cousin! »

Quand il s’agissait de l’art de n’en faire qu’à sa tête, Wei WuXian était définitivement passé maître. Jadis, s’il voulait en faire autant, il devait garder son statut à l’esprit, mais maintenant, il était de toute façon un aliéné mental, ce qui signifiait qu’il pouvait faire ce qu’il voulait, comme il le voulait. Il leva la tête et argua avec un air de défi :

« Même s’il savait que j’étais son cousin, il a choisi de ne pas m’éviter, donc qui est le sans-gêne ici? Je me fiche de ta réputation, mais n’entache pas ma vertu! Je veux encore me trouver un parti convenable, moi! »

Mo ZiYuan lâcha un mugissement assourdissant, et jeta une chaise sur lui. Aussitôt que Wei WuXian vit que sa colère était enfin hors de contrôle, il esquiva, et la chaise se brisa simplement au sol. La foule qui s’était réunie dans la Salle Est et se gaussait auparavant de la disgrâce de la famille Mo s’éparpilla dès le début du combat. Wei WuXian se rua vers les garçons du clan Lan qui s’étaient écartés de la scène, et brailla :

« Vous avez vu? Vous avez tous bien vu? Le cambrioleur se met à tabasser les gens maintenant! Quel sans-cœur! »

Mo ZiYuan lui courut après, et fut sur le point de se jeter sur lui, quand le leader des garçons l’arrêta prestement.

« Je vous en prie, calmez-vous. Les mots sont plus forts que les armes. »

Dame Mo, en s’apercevant que le garçon protégeait délibérément l’aliéné, sourit avec circonspection.

« C’est le fils de ma petite sœur. Il n’a pas la lumière à tous les étages, tout le monde au village de Mo sait qu’il est fou et qu’il dit souvent des choses bizarres qui ne doivent pas être pris au sérieux. S’il-vous-plaît, messieurs les cultivateurs… »

Avant qu’elle puisse finir sa phrase, la tête de Wei WuXian apparut de derrière le dos du garçon :

« Qui a dit que mes mots ne devaient pas être pris au sérieux? Essaie donc de me voler la prochaine fois. Encore un vol, et je coupe une de tes mains! »

Mo ZiYuan était jusque-là retenu par son père, mais après avoir entendu cela, il perdit presque son sang-froid à nouveau. Wei WuXian se précipita dehors en toute hâte, et le garçon se plaça devant l’entrée en changeant de sujet avec un ton sérieux.

« Nous vous emprunterons donc la Cour Ouest pour cette nuit. S’il-vous-plaît, souvenez-vous de tout ce dont je vous ai parlé : après la tombée de la nuit, fermez toutes les fenêtres, ne sortez pas ou pire encore, ne passez pas par la cour. »

Dame Mo tremblait de rage.

« Oui, oui, bien entendu… »

Mo ZiYuan n’en croyait pas ses oreilles.

« Maman! L’autre taré m’a insulté devant tant de personnes, et c’est tout ce que tu fais? Tu m’avais dit, pourtant ; tu m’avais dit qu’il n’était qu’un…

— Tais-toi, ordonna Dame Mo. Ne peux-tu pas attendre qu’on soit seuls? »

Mo ZiYuan n’avait jamais été aussi désavantagé, ni subi une telle disgrâce auparavant, et les remontrances de sa mère rendait la situation d’autant plus intolérable. Il était plein de haine, et pensa : “Ce malade mental le paiera ce soir!”

Après sa “crise de folie”, Wei WuXian s’en alla de la demeure de la famille Mo et se promena dans le village. Il en ébahit plus d’un, et, en vérité, il se délecta de chaque seconde de son petit manège, prenant conscience du plaisir qu’il y avait à être un lunatique. Il commençait même à approuver ce maquillage qui lui donnait l’air d’un fantôme pendu, et était à présent presque réticent à l’idée de le nettoyer. Il remit ses cheveux en place et jeta un œil à ses poignets. Les entailles ne semblaient pas guérir le moins du monde, ce qui signifiait qu’une petite vengeance comme celle-ci n’était pas acceptée par la technique interdite.

Devait-il vraiment éliminer la famille Mo?

Pour être honnête, c’était loin d’être une tâche bien compliquée.

Wei WuXian se dirigea vers la Cour Ouest de la Demeure de la famille Mo. Les disciples du clan Lan étaient debout au sommet des toits et des murs et discutaient, l’air grave.

Même si la secte GusuLan avait grandement participé au siège contre lui, ces novices n’étaient à l’époque même pas nés, ou n’étaient encore que de très jeunes enfants. Wei WuXian ne se sentait pas capable de diriger sa haine contre eux, il décida donc de simplement traîner autour d’eux et d’observer ce qu’ils fabriquaient. Après un moment, il sentit que quelque chose le perturbait. Pourquoi les drapeaux noirs qui flottaient sur les toits et les murs lui semblaient si familiers?

Ce type de drapeau s’appelait “bannière d’attraction spectrale”. Placée sur une personne vivante, elle attirait les fantômes, les mauvais esprits, les cadavres ambulants, ou tout autre être maléfique dans un certain périmètre, et les poussait à n’attaquer que l’individu porteur du drapeau. Celui-ci devenant alors une cible vivante, la bannière était aussi surnommée “bannière-cible”. On pouvait également en disposer sur un édifice, mais celui-ci devait contenir des personnes vivantes à l’intérieur. Le rayon d’attaque s’étendait dans ce cas à toute personne présente au sein du bâtiment. On désignait aussi ces drapeaux sous le nom de “bannières des vents noirs”, à cause de l’atmosphère sinistre qui entourait systématiquement l’endroit où les étendards étaient érigés, donnant l’impression qu’ils étaient comme de noirs tourbillons de vent. Disposer une formation de bannières dans la Cour Ouest et interdire à tout le monde de s’en approcher devait vouloir dire que les garçons voulaient attirer les cadavres ambulants ici et les capturer d’un seul coup.

Quant au fait qu’elles lui semblaient familières… Comment aurait-il pu en être autrement? Le créateur des bannières d’attraction spectrale n’était nul autre que lui-même, le Patriarche de YiLing! Il semblait qu’en dépit de la haine que lui vouait apparemment le monde de la cultivation, ça ne les empêchait de continuer à utiliser ses inventions!

Un des disciples sur le toit l’ayant vu flâner ici et là l’interpella :

« S’il-vous-plaît, retournez à l’intérieur. Ce n’est pas un endroit où quelqu’un comme vous devrait aller et venir. »

Il cherchait clairement à le chasser de là, mais c’était par bonté d’âme, et son ton était nettement différent de celui des serviteurs de la famille Mo. Wei WuXian le prit par surprise en sautant prestement sur le toit pour s’emparer d’une des bannières.

Le disciple, médusé, bondit au sol et se lança à sa poursuite.

« Ne bougez plus! Vous ne devez pas toucher à ce genre de chose. »

Wei WuXian hurla en courant, l’air d’un véritable aliéné mental avec ses cheveux ébouriffés et ses bras qui tournoyaient dans tous les sens.

« Je ne te le rendrai pas, je ne te le rendrai pas! Je veux ça! Je veux ça!!! »

Le disciple le rattrapa en quelques foulées, et saisit son bras.

« Si tu ne me le rends pas, je vais te frapper! »

Wei WuXian s’accrochait au drapeau, peu disposé à le lâcher. Le leader des garçons, qui étaient en train d’arranger la formation de bannières, descendit avec légèreté du toit lorsqu’il entendit le raffut.

« JingYi, arrête ça. N’en fait pas toute une histoire, et récupère juste la bannière.

— SiZhui, je ne l’ai pas vraiment frappé! Regarde-le, il bousille la formation de drapeaux! » répondit Lan JingYi

Wei WuXian profita de la querelle pour inspecter la bannière d’attraction spectrale qu’il avait entre les mains. Les motifs étaient tracés correctement et les incantations étaient complètes. Il n’y avait aucune erreur, elle ne devrait donc poser aucun problème à l’utilisation. Néanmoins, la personne qui avait dessiné sur la bannière manquait d’expérience, elle ne pouvait par conséquent attirer les êtres maléfiques et les cadavres ambulants que dans un rayon de cinq li⁴. Cela devrait tout de même être suffisant. Il ne devait pas y avoir tant de créatures malveillantes dans un lieu aussi petit que le village de Mo.

Lan SiZhui lui adressa un sourire.

« Jeune maître Mo, le ciel s’assombrit et nous nous allons commencer à capturer les cadavres ambulants dans peu de temps. Une fois la nuit tombée, cet endroit sera dangereux, il serait mieux pour vous de retourner dans votre chambre. »

Wei WuXian le dévisagea. Il était propre sur lui et raffiné, avec une allure digne et l’esquisse d’un sourire sur les lèvres. Il fit bonne impression sur Wei WuXian. Il avait arrangé la formation de bannières de façon organisée, et ses manières étaient respectueuses, donnant l’image d’un disciple extraordinairement prometteur. Il se demandait qui donc, dans un clan aussi conservateur que le clan Lan, avait bien pu éduquer un tel novice.

Lan SiZhui reprit :

« Cette bannière… »

Mais avant même qu’il n’achève sa phrase, Wei WuXian jeta la bannière d’attraction spectrale par terre et maugréa :

« C’est juste un drapeau, quel est le problème? Je peux en dessiner des bien meilleurs! »

Il s’enfuit après avoir lâché la bannière. Les garçons encore sur le toit faillirent tomber d’hilarité après avoir entendu ces paroles ridicules. Lan JingYi récupéra la bannière.

« Quel taré! » ricanna-t-il avec irritation.

Wei WuXIan continua à errer sans rien faire avant de retourner dans la petite courette où se trouvait la maison de Mo XuanYu.

Sans prêter attention ni au verrou cassé de la porte ni au bazar qui jonchait le sol, il choisit un coin à peu près propre et s’assit à nouveau en position du Lotus.

Cependant, avant l’arrivée de l’aube, il fut tiré de sa méditation par un bruit venant de l’extérieur.

Une série de piétinements chaotiques s’approchait rapidement, accompagnée de cris et de larmes. Wei WuXian entendit quelques fragments de ce qui se disait.

« … Foncez à l’intérieur et sortez-le de là!

— Prévenez les autorités!

— Prévenir les autorités? Et puis quoi encore! Battez-le à mort! »

Il ouvrit les yeux et constata que quelques serviteurs avaient déjà pénétré à l’intérieur. La courette était illuminée par les flammes. Une personne s’écria :

« Traînez ce meurtrier dément jusqu’à la Grand-Salle et faites le payer de sa vie! »

 


 

 


 

 

NdT :

¹Position du Lotus : assis, jambes croisées, bref, la position traditionnelle de méditation.

²Inedia : il s’agit du fait de vivre sans manger, voire sans boire, sans pour autant souffrir de manque puisque ces deux actions ne seraient pas nécessaires à la survie d’un être humain. Bien que des gens prétendent vraiment pratiquer l’inédie,  il ne faut évidemment pas prendre cela au pied de la lettre et se mettre en danger : de nombreuses personnes sont déjà mortes en essayant d’en faire autant… Même dans cette histoire, comme vous le verrez plus tard, la plupart des cultivateurs ne pratique pas l’inédie permanente : cette technique leur permet juste de vivre sans nourriture en cas de besoin. Je me sentais obligée de préciser ce point.

Notez également que j’utiliserai le terme latin « inedia » plutôt que la version francisée « inédie », pour des raisons purement subjectives liées à la sonorité plus plaisante du mot latin à mon humble avis.

³ Le préfixe « A- » (à prononcer « ah ») précède souvent le nom des serviteurs. Il peut également être utilisé familièrement pour désigner une personne dont on est proche : « A-Yuan » désigne ici Mo ZiYuan.

⁴ 1 li correspond à environ 500 mètres, et, pour épargner vos méninges, 5 li représentent donc environ 2,5km

<>
Traduit par la team : Dragonfly Fantrad