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Mo Dao Zu Shi

Traduit par la team : Dragonfly Fantrad
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Meilleur constraste
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Tome 1 Chapitre 5 – Agression ③


Les garçons étaient tous extrêmement jeunes et sans expériences. Cependant, malgré leur nervosité, ils restaient fermement campés sur leur position et assuraient la protection de la demeure de la famille Mo, accrochant des talismans sur les murs. A-Tong, le serviteur, avait déjà été amené à l’intérieur. De la main gauche, Lan SiZhui prenait le pouls de ce dernier tandis que de la main droite, il soutenait le dos de Madame Mo. Il ne pouvait pas les soigner tous les deux, et faisait face à un terrible dilemme quand soudain, A-Tong se releva lentement.

« A-Tong, tu es réveillé! » s’écria A-Ding.

Avant que le visage de la jeune fille n’ait le temps de s’illuminer, A-Tong leva son bras gauche et enserra son propre cou.

En voyant ça, Lan SiZhui frappa certains des acupoints ¹ de A-Tong à trois reprises. Wei WuXian savait que malgré leur délicate apparence, les gens du clan Lan disposait d’une force dans les bras qui était tout sauf délicate. Avec une telle puissance, il était impossible à quiconque de bouger. Cependant, A-Tong semblait n’avoir rien senti et la prise de sa main gauche s’accentua, tordant ses traits en une grimace douloureuse. Lan JingYi tenta de s’emparer de sa main gauche, mais cela eut aussi peu d’effet que s’il avait essayé de briser à mains nues un lingot de fer. Après un moment, le cou de A-Tong émit un craquement, et sa tête retomba sur le côté. Son cou s’était brisé.

Sous les yeux de tous, il s’était étranglé lui-même!

Devant cette situation, la voix de A-Ding trembla :

« … Un fantôme! Il y a un fantôme invisible ici. Il a obligé A-Tong à s’étrangler lui-même! »

Son ton était tranchant et sa voix perçante, glaçant le sang de tous, et ils n’eurent aucun mal à la croire. Wei WuXian quant à lui avait un jugement opposé : ce n’était pas un fantôme enragé.

Il avait examiné les talismans que les garçons avaient choisi d’utiliser : c’était tous des talismans chasseurs d’esprits, et la Salle Est en était littéralement recouverte. S’il y avait vraiment eu un fantôme enragé, les talismans se seraient consumés en flammes vertes dès son entrée dans la Salle. Pourtant, rien de tel ne s’était produit pour le moment.

Les garçons n’étaient pas coupables d’avoir réagi trop lentement : la créature était indubitablement d’une grande cruauté. Le monde de la cultivation avait une définition stricte de ce qui entrait dans la catégorie des “spectres enragés” : ils devaient avoir tué au moins une personne par mois durant au moins trois mois successifs. Ces critères avaient été instaurés par Wei WuXian lui-même, et ils étaient probablement toujours en usage. Il était le meilleur quand il s’agissait de s’occuper de ce type d’entité. Selon lui, un fantôme qui tuait une personne par semaine pouvait déjà être considéré comme un fantôme enragé avec une fréquence de meurtre très élevée. Cette chose avait tué trois personnes en une fois, et en un laps de temps tellement court! Même pour un cultivateur compétent, il serait compliqué de trouver une solution dans l’immédiat, alors pour ces novices à l’aube de leur carrière, il ne fallait même pas y compter.

Alors qu’il réfléchissait, les flammes des bougies vacillèrent. Un vent sinistre passa, et toutes les lanternes et les bougies de la Cour et de la Salle Est s’éteignirent.

Dès l’instant où les lumières s’évanouirent, des cris s’élevèrent de toutes parts. Les gens se poussaient et se tiraient, cherchant à s’échapper le plus vite possible, trébuchant et tombant au passage.

« Restez où vous êtes et ne courez pas! Je vais attrapper tous ceux qui essaient de partir! » s’écria Lan JingYi.

En disant cela, il ne cherchait pas à menacer les gens. En réalité, les êtres malfaisants aimaient causer du trouble dans le noir et profiter du chaos. Plus les cris et le chaos empiraient, plus il y avait de chances d’attirer un danger non-désiré. Dans ce genre de situation, il n’était guère prudent de s’isoler ou de céder à la nervosité. Néanmoins, ces gens mouraient de peur, comment pouvaient-il encore ne serait-ce qu’entendre un mot d’un tel discours? Au bout d’un certain temps, la Salle Est redevint silencieuse, on n’entendait rien d’autres que quelques respirations légères et quelque pleurs étouffés. Il semblait que seules quelques personnes étaient restées.

Au milieu des ténèbres, une flamme jaillit soudain. Lan SiZhui avait allumé un Talisman de Feu.

La flamme d’un Talisman de Feu ne pouvait pas être éteinte par les vents sinistres. Il utilisa le talisman pour rallumer les bougies pendant que les autres garçons réconfortaient les gens qui restaient. Wei WuXian regarda distraitement ses poignets à la lumière. Une autre lésion était guérie.

Il réalisa soudainement qu’il y avait quelque chose de bizarre avec le nombre d’incisions.

Au départ, il avait deux incisions sur chaque poignet. L’une d’entre elles s’était refermée à la mort de Mo ZiYuan, une autre à la mort de son père. La mort du serviteur, A-Tong, avait permis la guérison d’une autre coupure. Additionnées, cela donnait trois cicatrices qui auraient dû guérir, la dernière restante étant la plus profonde et la plus imprégnée de haine.

Mais, à présent, il ne restait plus aucune blessure sur ses bras.

Wei WuXian savait que Madame Mo était forcément une des cibles de la vengeance de Mo XuanYu. L’incision la plus longue et la plus profonde lui était certainement consacrée. Pourtant, elle avait disparu.

Mo XuanYu avait-il atteint l’illumination et renoncé à sa haine? Impossible. Son âme avait déjà été sacrifiée comme prix de l’invocation de Wei WuXian. Seule la mort de Madame Mo pouvait soigner la blessure.

Son regard se dirigea lentement vers Madame Mo, qui, le teint pâle, venait de se réveiller et était entourée de monde.

À moins qu’elle ne soit déjà morte.

Wei WuXian était sûr que quelque chose possédait déjà le corps de Madame Mo. Si la créature n’était pas un esprit, qu’est-ce que c’était?

Soudain, A-Ding cria :

« Main… Sa main! La main de A-Tong! »

Lan SiZhui amena le Talisman de Feu au-dessus du corps de A-Tong. Sans surprise, sa main gauche avait disparu.

Le bras gauche!

À une vitesse fulgurante, tout devint clair dans la tête de Wei WuXian concernant la créature qui avait causé tout ces dégâts, le bras gauche manquant étant la pièce permettant de compléter enfin le puzzle. Il éclata de rire sur le champ.

« Idiot! Comment peux-tu rire dans un moment pareil? » déclara sèchement Lan JingYi, avant de songer qu’il parlait effectivement à un idiot de toute façon, alors pourquoi discuter avec lui?

Wei WuXian tira sur sa manche :

« Non, non!

— Quoi, “non”? s’agaça Lan JingYi en récupérant sa manche de force. Tu n’es pas un idiot? Arrête de faire le pitre! Personne n’a le temps de s’occuper de toi. »

Wei WuXian pointa du doigt les corps du père de Mo ZiYuan et de A-Tong par terre, et affirma :

« Ce n’est pas eux. »

Lan SiZhui arrêta Lan JingYi qui fulminait, et demanda :

« Que voulez-vous dire par “ce n’est pas eux”?

— Ce n’est pas le père de Mo ZiYuan, déclara solennellement Wei WuXian. Et ce n’est pas A-Tong non plus. »

Avec son visage couvert de maquillage, plus il avait l’air sérieux, et plus il ressemblait effectivement à un vrai fou. Pourtant, à la lueur tamisée des bougies, ses mots donnaient la chair de poule. Lan SiZhui le fixa un moment, avant de demander, malgré lui :

« Pourquoi?

— Leurs mains! s’exclama fièrement Wei WuXian. Aucun d’eux n’était gaucher. J’en suis sûr parce qu’ils me frappaient toujours avec leur main droite.

— Et en quoi tu es censé en être fier? cracha Lan JingYi, à court de patience. Mais regardez comme il a l’air content de lui! »

Cependant, Lan SiZhui en eut des sueurs froides. En y repensant, A-Tong avait utilisé sa main gauche pour s’auto-étrangler, et le mari de Dame Mo avait aussi utilisé son bras gauche pour bousculer son épouse.

Mais, durant la journée, quand Mo XuanYu avait fait une scène dans la salle Est et que ces deux-là s’étaient précipités sur lui pour le faire sortir, ils avaient tous deux utilisé leur bras droit. Il était impossible qu’ils soient tous les deux devenus brusquement gauchers juste avant de mourir.

Même s’il ne comprenait pas pourquoi, il devait réfléchir à la question de ces “mains gauches” pour découvrir quelle était cette créature. Après avoir réalisé cela, Lan SiZhui regarda Wei WuXian avec surprise. Il ne pouvait s’empêcher de songer : “Qu’il dise ça maintenant… Ça ne ressemble pas à une coïncidence.”

Wei WuXian sourit simplement. Il savait que cet indice était trop ostensible, mais il n’avait pas pu faire autrement. Fort heureusement, Lan SiZhui ne s’attarda pas trop sur le sujet non plus, et pensa : “Quoi qu’il en soit, si le jeune maître Mo cherchait vraiment attirer mon attention sur ce détail, il ne devait sûrement avoir aucunes mauvaises intentions.”

Il jeta un œil à Madame Mo, son regard descendant de son visage à ses mains. Ses bras étaient en grande partie dissimulés par ses manches, seuls ses doigts étaient à moitié visibles. Sa main droite avait des doigts pâles et fins, typiques d’une femme qui vivait confortablement et n’avait jamais travaillé.

Cependant, les doigts de sa main gauche étaient plus longs que ceux de la main droite. Ils étaient également plus épais. Leur jointure était pliée, donnant une impression de force.

Cette main n’était pas une main de femme : c’était une main d’homme!

« Attrapez-là! » commanda Lan SiZhui.

Quelques garçons saisirent Madame Mo. Lan SiZhui s’excusa et s’apprêtait à la frapper d’un talisman quand le bras gauche de Madame Mo se tordit soudain de façon absurde, ciblant sa gorge.

À moins d’avoir les os fracturés, il était impossible pour une personne vivante de tordre son bras ainsi. Son attaque était rapide, et elle était à deux doigts de s’emparer du cou de Lan SiZhui quand Lan JingYi se jeta devant ce dernier pour bloquer la main en criant un “hey!”.

Un flash passa, et à l’instant où le bras saisit l’épaule de Lan JingYi, des flammes vertes apparurent, l’obligeant à relâcher sa prise. Lan SiZhui avait échappé à la mort et s’apprêtait à remercier Lan JingYi quand il s’aperçut que la moitié de l’uniforme de ce dernier était réduit en cendres, lui donnant une apparence assez ridicule. Lan JingYi retira la moitié restante de son uniforme et gronda, furieux :

« Pourquoi tu m’as poussé, espèce de malade? Tu cherches à me tuer?

— C’est pas moi! » rétorqua Wei WuXian en décampant comme un rat effrayé.

C’était lui. Dans la veste de l’uniforme du clan Lan, des incantations protectrices étaient étroitement tissées avec du fil de la même couleur que le vêtement. Cependant, contre des créatures aussi puissantes que celle-ci, elles ne pouvaient servir qu’une seule fois avant de devenir inutiles. Au vu de l’urgence de la situation, Wei WuXian n’avait pas eu d’autres choix que de donner un coup à Lan JingYi et se servir de son corps comme bouclier pour protéger le cou de Lan SiZhui. Lan JingYi voulait le sermonner à nouveau, mais Madame Mo retomba au sol, le sang et la chair de son visage complètement aspirés, ne laissant qu’une fine couche de peau sur les os de son crâne. Le bras masculin qui ne lui appartenait pas s’était détaché de son épaule. Les doigts de ce dernier se pliaient et se dépliaient, comme s’il voulait s’étirer ou s’exercer. Le battement de ses veines était clairement visible.

C’était là la créature maléfique que les Bannières d’Attraction Spectrale avaient attirée.

Le démembrement était un exemple classique de mort atroce. C’était une mort à peine plus digne que celle de Wei WuXian. Contrairement à un cadavre réduit en poussière, les membres et les autres parties du corps pouvaient s’imprégner du ressentiment du défunt, et cherchaient à se réunir pour mourir dans un corps entier. Par conséquent, chaque membre était capable d’établir une stratégie pour retrouver les autres parties du corps. S’ils parvenaient à se rejoindre, le corps pouvait soit se sentir satisfait et reposer en paix, soit engendrer plus de problèmes encore. Si un membre n’arrivait pas à retrouver les autres, il ne lui restait plus que la deuxième option la plus avantageuse.

Et quelle était donc cette deuxième option? Se contenter de faire avec le corps d’autres humains vivants.

Il semblait que le bras auquel ils avaient affaire dévorait le bras gauche d’une personne avant de le remplacer. Après avoir aspirer tout le sang et l’énergie de l’individu, il abandonnait ce corps et trouvait un autre réceptacle à parasiter, et ce jusqu’à ce qu’il parvienne à recollecter toutes les parties de son corps.

La personne possédée par le bras mourait immédiatement, mais tant que toute sa substance n’avait pas été totalement consommée, elle était toujours capable de se déplacer sous le contrôle du bras, donnant l’illusion qu’elle était encore en vie. Lorsque le bras avait été attiré par la bannière, son premier réceptacle fut naturellement Mo ZiYuan. Le second était le père de celui-ci. Quand Madame Mo avait dit à son mari de s’en aller, il avait agi anormalement en la repoussant. Wei WuXian avait d’abord pensé que c’était parce qu’il était affligé par la mort de son fils et qu’il n’en pouvait plus de l’arrogance de son épouse. Maintenant qu’il y repensait, ce n’était pas ce à quoi un père qui venait de perdre son fils ressemblerait en temps normal. Ce n’était pas l’indifférence du désespoir : c’était une tranquillité mortelle — la tranquillité d’une personne déjà décédée.

Le troisième réceptacle était A-Tong, et le quatrième était Madame Mo. Le bras-fantôme s’était transféré à son corps pendant le tumulte quand les lumières s’étaient brusquement éteintes. La mort de Madame Mo avait alors fait disparaître la dernière incision des poignets de Wei WuXian.

Les garçons du clan Lan avaient vu que, même si les talismans ne fonctionnaient pas, leurs vêtements étaient efficaces, ils retirèrent donc tous leurs manteaux pour en recouvrir le bras gauche. Les couches de tissu ressemblaient à un cocon blanc. En à peine quelques seconde, le ballot de tissu blanc s’enflamma avec un whoosh, engendrant un brasier d’un vert anormal. Cela tiendrait le coup pour le moment, mais une fois les vêtements totalement consumés, la main finirait par émerger des cendres. Pendant que personne ne le regardait, Wei WuXian se précipita vers la Cour Ouest.  

La dizaine de cadavres ambulants attrapés par les garçons étaient debout silencieusement dans la cour, scellés par des incantations dessinées au sol. Wei WuXian effaça du pied un des symboles, détruisant ainsi toute la formation. Il tapa des mains deux fois. Soudain, avec un sursaut, le blanc des yeux des cadavres ambulants se révulsa vers le haut, comme s’ils avaient été réveillés par un éclat de tonnerre. Wei WuXian s’adressa à eux :

« Debout. C’est l’heure de travailler!»

Il n’avait habituellement pas besoin d’incantations complexes pour contrôler ces cadavres-marionnettes, un ordre direct était suffisant. Les cadavres ambulants firent quelques pas maladroits, mais tandis qu’ils s’approchaient de Wei WuXian, leurs jambes faiblirent et ils s’effondrèrent au sol.

Wei WuXian trouvait cela autant amusant qu’agaçant. Il tapa à nouveau dans ses mains, plus légèrement cette fois. Cependant, ces cadavres étaient probablement nés au village de Mo et y étaient morts, sans avoir vécu pleinement leur vie. Ils avaient instinctivement suivi les ordres de l’invocateur, mais étaient également terrifiés par celui-ci, et restaient donc au sol, trop effrayés pour se relever.

Plus la créature était cruelle, plus Wei WuXian pouvait la contrôler facilement. Ces cadavres ambulants n’avaient pas été entraînés par ses soins, et ne pouvaient pas supporter une manipulation directe de sa part. Il ne disposait d’aucun matériel sur lui, ce qui voulait dire qu’il ne pouvait pas fabriquer d’instruments pour les apaiser dans l’immédiat. Il n’avait même pas de quoi improviser en assemblant sommairement un bric-à-brac quelconque. Les hautes flammes vertes de la Cour Est diminuaient peu à peu. Soudain, Wei WuXian trouva une solution.

Pourquoi sortir chercher un cadavre avec un fort ressentiment et une personnalité cruelle?

Il n’y avait pas qu’un cadavre, mais plusieurs dans la Salle Est!

Il retourna à la Cour Est.

La première solution de Lan SiZhui avait échoué, mais il avait trouvé une autre idée. Les disciples avaient tiré leurs épées et les avaient plantés dans le sol pour former une barrière. La main fantôme se heurtait contre la barrière tandis que les garçons appuyaient fermement sur la garde de leurs armes pour éviter que la barrière d’épées ne se brise, ne prêtant aucune attention à ceux qui entraient et sortaient. Wei WuXian traversa la salle à grand pas et attrapa les corps de Madame Mo et Mo ZiYuan, un dans chaque main, et leur ordonna d’une voix basse : « Réveillez-vous! »

En un clin d’œil, le blanc des yeux de Madame Mo et de Mo ZiYuan se révulsa, et tous deux se mirent à pousser les cris stridents et les rugissements propres aux goules féroces lorsqu’elles revenaient à la vie.

Au milieu des hurlements, un autre cadavre trembla et se releva difficilement, en mugissant plus faiblement que les deux premiers. C’était le mari de Madame Mo.

Les hurlements étaient assourdissants : leur ressentiment était suffisamment fort. Wei WuXian sourit, satisfait. Il donna ses ordres :

« Vous reconnaissez le bras dehors? Réduisez-le en charpie. »

Les trois membres de la famille Mo se précipitèrent dehors, pareils à trois nuages sombres.

Le bras gauche avait réussi à briser une des épées et était sur le point de réussir à s’échapper, quand trois abominables cadavres dénués de bras gauche se jetèrent sur lui.

En plus de ne pas être en mesure de défier les ordres de Wei WuXian, les cadavres abhorraient la créature qui les avaient tués, ils mettaient toute leur rage dans leurs attaques. La plus violente était sans conteste Madame Mo. Les cadavres modifiés de femmes étaient en général particulièrement féroces après leur transformation : ses cheveux étaient lâchés et ses yeux étaient injectés de sang. Elle avait l’air démente, les ongles allongés, l’écume aux lèvres et émettant des cris perçants à en soulever le plafond. Derrière elle se trouvait Mo ZiYuan, qui travaillait de concert avec elle, à coup de dents et de poings. Son père venait en dernier, et attaquait entre les coups des deux autres cadavres. Les garçons, auparavant en difficulté, étaient muets d’admiration.

Ils n’avaient entendu parler de ces combats entre plusieurs cadavres enragés que dans des livres ou via des rumeurs, ils étaient bouche-bée alors qu’ils assistaient pour la première fois à cette scène de carnage, incapable de détourner le regard. Tous pensaient que c’était… absolument palpitant!

Les trois cadavres et le bras menaient une rude bataille, quand Mo ZiYuan se dégagea brusquement du combat. La main avait blessé son abdomen, et quelques bouts d’intestins débordaient de son ventre. Lorsque Madame Mo s’en aperçut, elle jeta un long cri et plaça son fils derrière elle pour le protéger. Ses attaques devenaient plus violentes, la force de sa poigne soudain comparable à celle d’armes de fer et d’acier. Mais Wei WuXian constatait qu’elle perdait peu à peu son avantage.

Même trois cadavres enragés fraîchement décédés n’arrivaient pas à soumettre un seul bras!

Wei WuXian regardait l’affrontement avec attention. Il roula légèrement sa langue et réprima un sifflement aigu entre ses lèvres, en attendant le bon moment. Le sifflement était capable d’exacerber encore plus l’hostilité des cadavres et de changer la donne du combat. Le souci était qu’il serait alors difficile de s’assurer que personne ne se rendrait compte de ce qu’il faisait. Subitement, en un battement de cils, le bras brisa le cou de Madame Mo, précisément, impitoyablement, et à la vitesse de l’éclair.

Voyant la défaite de la famille Mo s’approcher, Wei WuXian se prépara à laisser s’échapper le sifflement qu’il réfrénait sous sa langue. Au même moment, l’écho de deux notes d’un instrument à cordes résonna au loin.

Le son semblait avoir été joué par un humain. Le timbre était éthéré et clair, portant avec lui la voix glaciale du vent dans les pins ². Les créatures qui se battaient dans la cour se raidirent à l’entente de la mélodie.

Instantanément, les garçons de la secte GusuLan se mirent à rayonner de bonheur, comme s’ils avaient été ramenés à la vie. Lan SiZhui essuya le sang sur son visage et leva la tête avant de s’exclamer joyeusement : « HanGuang-Jun ³! »

À peine avait-il entendu les deux accords lointains du guqin ⁴ que Wei WuXian se retourna et se prépara à partir.

Une autre note s’éleva, cette fois plus aiguë, transperçant l’air d’un ton acide. Les trois cadavres reculèrent et se couvrirent une oreille avec le bras droit qui leur restait. Cependant, il était impossible de bloquer la Tonalité d’Éradication ⁵ de la secte GusuLan aussi facilement. Ils avaient à peine fait quelques pas en arrière, et déjà de légers bruits de craquements s’échappaient de l’intérieur de leurs crânes.

Le bras maléfique, déjà affaibli par la rude bataille précédente, retomba immédiatement par terre après avoir entendu un autre accord. Bien que les doigts tressaillaient encore, le bras était incapable de bouger.

Après un silence, les garçons ne purent s’empêcher de se réjouir bruyamment pour célébrer le bonheur d’avoir survécu à cet incident. Ils avaient lutté durant toute une exaltante nuit avant que du renfort ne vienne enfin de leur clan. Ils se fichaient bien qu’on les punisse après pour “avoir été discourtois en faisant du bruit, nuisant par la même occasion à la réputation du clan”.

Suite à son exultation, Lan SiZhui, se rendit compte qu’il manquait quelqu’un. Il attrapa Lan JingYi.

« Où est-il?

— De quoi? Qui ça? demanda distraitement Lan JingYi, encore absorbé par les réjouissances.

— Le jeune maître Mo.

— Hmm? Pourquoi tu cherches ce malade? Va savoir où il a pu aller. Je l’ai peut-être effrayé avec mes menaces de le frapper.

— … »

Lan SiZhui savait que Lan JingYi avait toujours été insouciant, direct et franc : il ne réfléchissait jamais à deux fois à propos de quoi que ce soit et ne suspectait jamais personne. “Je ferais mieux d’attendre et de raconter tout ça à HanGuang-Jun quand il arrivera”, pensa-t-il.

Le village de Mo semblait endormi, mais il était difficile de dire si c’était vraiment le cas ou si les villageois faisaient juste semblant. Le combat de cadavre avait beau être un spectacle sanglant et gore à souhait, les villageois ne s’étaient pas déplacés pour y assister. Après tout, même les spectateurs devaient savoir choisir à quel genre d’événement il valait mieux venir ou non. Le type de distraction qui impliquait tout un tas de hurlements n’était sans doute pas des plus sûres.

Wei WuXian effaça toutes les preuves de la cérémonie de sacrifice dans la maison de Mo XuanYu aussi vite que possible avant de prendre la poudre d’escampette.

Comme par hasard, la personne venue en renfort était un membre du clan Lan, et, comble de malchance, il avait fallu en plus que ce soit Lan WangJi ³!

C’était un des individus avec lesquels il s’était souvent battu par le passé, par conséquent, mieux valait s’enfuir, et vite. Il était pressé et cherchait donc une monture. Alors qu’il passait dans la cour, il vit une énorme meule à grains à laquelle était attaché un âne qui mâchouillait paresseusement. Quand l’animal s’aperçut que Wei WuXian se précipitait dans sa direction, il eut l’air surpris et le regarda de travers, dans une attitude presque humaine. Wei WuXian le regarda droit dans les yeux et se sentit immédiatement visé par l’infime soupçon de mépris qu’il voyait dans son regard.

Il essaya d’attraper la corde et de la tirer, mais l’âne se mit à se complaindre avec des braiments sonores. Wei WuXian dut y aller à grands renforts de mots et de force pour le convaincre d’avancer jusqu’à la route. Alors que l’aube se levait à l’horizon, ils s’en allèrent le long du chemin principal.

 


 

NdT :

¹ Acupoints : points précis du corps dans la médecine traditionnelle chinoise, c’est notamment sur ces zones que l’on place les aiguilles en acupuncture ou qu’on exerce un massage en acupression. Le terme lui même est difficilement trouvable en français (même en cherchant sur Google Ngram Viewer…), mais après des recherches approfondies, j’ai vu qu’il était utilisé en de rares occurrences dans la littérature spécialisée en médecine chinoise, j’ai donc décidé de le conserver ainsi, faute de meilleur équivalent.

² « … la voix glaciale du vent dans les pins » : il s’agit d’une référence à un ancien poème chinois de Liu ChangQing 彈琴 : Un air de guqin. Plutôt que de traduire mot à mot la version anglaise, j’ai préféré m’appuyer sur une traduction française officielle du poème que vous pouvez trouver ici : http://www.barbery.net/36-poetes-chinois/16-liu-changqing/

Un des trucs sympas de la langue chinoise, c’est les références culturelles et littéraires partout, tout le temps… Je trouve que ça donne un certain charme 

³ HanGuang-Jun et Lan WangJi: je précise qu’il s’agit bien de la même personne au cas où vous ne l’auriez pas compris.

Une chose à savoir, c’est que dans la Chine Ancienne (et par extension dans les œuvres historiques ou les univers fantasy qui s’en inspirent), les gens portaient plusieurs noms :

– un nom de baptême / de naissance (“ming”) : c’est le nom donné à la naissance (sans blague), les gens l’utilisent rarement pour désigner une personne, à moins qu’il ne s’agisse d’un enfant, qu’on soit très proche de l’individu en question, qu’on soit son aîné, ou bien qu’on veuille se montrer insultant.

– un “nom de courtoisie” (“zi”, nom d’usage ou “prénom social” d’après wikipédia) : c’est le nom utilisé le plus souvent. C’est un nom que l’on reçoit généralement quand on passe à l’âge adulte, le prénom de naissance devenant alors tabou (sauf exceptions citées précédemment).

– un titre (“hao”, “nom alternatif” ou “nom d’artiste”) : nom donné par soi-même ou par d’autres gens, par opposition au nom de naissance donné par ses parents. Ce “nom alternatif” est en général élogieux et fait souvent référence aux qualités morales et/ou techniques d’une personne, on l’utilise comme marque de respect.

– et éventuellement d’autres surnoms, quolibets et appellations diverses se rapportant au statut d’une personne.

Ici on a donc l’introduction du second personnage principal, ayant pour nom de naissance Lan Zhan ( “Lan” étant je le rappelle son nom de famille et signifiant “bleu”, tandis que “Zhan” se rapporte à une nuance de bleu ciel), pour nom de courtoisie Lan WangJi (“WangJi” est issu d’une expression daoïste signifiant : “ ne rechercher ni gloire ni richesses, ne pas se soucier des affaires terrestres et être en paix avec le monde”)  et portant le titre de HanGuang-Jun (“HanGuang” signifie “porteur de lumière”, et “Jun” est un suffixe pouvant être traduit par “homme de noble caractère”, d’ailleurs c’est de ce suffixe chinois qu’est issu le suffixe japonais “-kun”, pour ce que ça intéresserait).

Je sais que ça a l’air de faire beaucoup d’informations d’un coup… On prévoit sans doute de faire une sorte de “fiche personnages” que vous pourrez consulter sur le site de la team et qu’on mettra à jour au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire.

⁴ Guqin (se prononce “gou-tshin” ou “kou-tshin”) : instrument à sept cordes, aussi appelé cithare chinoise, ressemblant à… une cithare. Une photo vaut plus que milles mots, et vous êtes absolument gâtés puisque voilà trois images, dont la dernière est une illustration officielle de Lan WangJi tenant son guqin :

⁵ Tonalité d’Éradication : littéralement “le son qui détruit les obstacles”. J’ai choisi de garder la traduction anglaise de cette attaque.

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Traduit par la team : Dragonfly Fantrad