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Mo Dao Zu Shi

Traduit par la team : Dragonfly Fantrad
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Meilleur constraste
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Tome 1 Chapitre 9 – Arrogance ④


Parallèlement, n’ayant rien trouvé dans la zone des anciennes tombes, Lan SiZhui et les autres disciples s’étaient rendus au Temple de la Déesse.

En dehors des tombes des ancêtres des habitants du Pied de Bouddha, la Montagne Dafan abritait aussi un temple. L’entité qui y était vénérée n’était ni Bouddha ni GuanYin(1), mais la statue d’une “déesse dansante”.

Il y avait de cela quelques siècles, un chasseur originaire du Pied de Bouddha s’était aventuré dans la montagne et y avait découvert un extraordinaire rocher dans une grotte. Il était haut d’environ trois mètres, avait été formé naturellement, et étrangement, présentait une forme humaine, dont les quatre membres formaient une pose dansante. Le détail le plus troublant était qu’on pouvait discerner des traits humains sur la statue, apparaissant comme ceux d’une femme souriante.

Les habitants du Pied de Bouddha en furent ébahis, et pensèrent qu’il s’agissait là d’un rocher magique formé par l’union de l’énergie des Cieux et de la Terre, ce qui engendra la création de plusieurs mythes à son sujet. Les uns racontaient la légende d’un Immortel (2) qui était tombé amoureux de la Déesse des Neuf Paradis (3), et avait sculpté une statue de pierre à son effigie pour exprimer la souffrance d’être éperdu d’amour. Après l’avoir découvert, la déesse était furieuse, la statue inachevée fut donc laissée telle quelle. D’autres rapportaient l’histoire de l’Empereur de Jade (4) et de sa bien-aimée fille, morte à un jeune âge. L’affliction de l’empereur suite à cette perte se serait transformée en cette statue.

Quoi qu’il en soit, il y finit par y avoir de nombreux mythes de toutes sortes, à en laisser plus d’un bouche-bée. Au final, les habitants finirent eux aussi par croire à ces légendes qu’ils avaient inventé eux-mêmes. Ainsi, quelqu’un finit par convertir la grotte en temple, et la plateforme de pierre en autel sacré. La statue fut baptisée “Déesse Dansante”, et d’un bout à l’autre de l’année, il y avait des fidèles qui allaient et venaient.

L’intérieur de la grotte était vaste, de la même taille qu’un temple erjin (5), et la statue de la déesse siégeait au centre. À première vue, elle ressemblait bien à un être humain, et sa taille de demoiselle pouvait même passer pour souple et gracieuse. Cependant, après une observation plus approfondie, elle apparaissait plus grossière. Cela dit, une statue formée naturellement avec une apparence si humaine était déjà suffisamment exceptionnelle pour en mettre plein la vue aux gens.

Lan JingYi levait et baissait la boussole des flux maléfiques, mais son aiguille ne bougeait toujours pas. Une épaisse couche de cendre d’encens recouvrait la table d’offrande, ainsi que des bougies désordonnées et renversées. Une odeur sirupeuse et écœurante émanait des plats de fruits. La plupart des membres de la secte GusuLan souffraient de mysophobie mineure à un certain degré. Lan JingYi éventa l’air devant son nez et commenta :

« Les gens de la région disent que prier au Temple de la Déesse est souvent efficace, alors comment peuvent-ils le laisser dans cet état de ruine? Ils devraient au moins venir faire le ménage une fois de temps en temps.

— De nombreuses personnes ont déjà perdu leur âme, répondit Lan SiZhui. Tout le monde raconte que la foudre a libéré une terrible créature des tombes anciennes, qui donc oserait monter jusqu’ici dans ces conditions? Personne ne vient plus au temple, donc, de toute évidence, personne ne peut faire le ménage. »

Une voix dédaigneuse leur parvint de l’extérieur de la grotte.

«  C’est juste un stupide rocher, auquel le titre de déesse à été donné par dieu-sait-qui, et les gens sont là à lui consacrer de l’encens et à le vénérer! »

Jin Ling pénétra à l’intérieur, les mains croisées dans le dos. La limite de temps du sort de silence n’était pas très longue, donc il pouvait déjà ouvrir la bouche à nouveau. Cependant, rien de bon n’en sortit tandis qu’il regardait la statue de la déesse et poussait une interjection indignée.

« Ces villageois vont prier Bouddha et compagnie à longueur de journée plutôt que de travailler dur quand ils font face à une difficulté. Il y a des milliers et des millions de personnes dans le monde, et les dieux et Bouddha en ont déjà suffisamment à faire avec leurs propres affaires, alors qui se soucient de leurs petits problèmes? Quant à une déesse impuissante et sans le moindre statut comme celle-ci, n’en parlons même pas. Si c’est vraiment si efficace, je vais prier pour que la créature dévoreuse d’âme de la Montagne Dafan apparaisse devant moi maintenant. Est-ce que cette statue est capable de faire ça? »

Quelques cultivateurs de plus petits clans arrivèrent derrière lui, et tous rirent en l’entendant, acquiesçant à ses paroles. Le temple auparavant calme devint bruyant et animé, et il semblait plus exigu après l’arrivée en masse de ce groupe de personnes. Lan SiZhui secoua silencieusement la tête, avant de se retourner et d’observer les alentours, sans but précis. Son regard tomba sur la tête de la déesse : il pouvait y voir vaguement les traces d’un visage souriant avec compassion.

Cependant, il avait une étrange impression familière en regardant ce sourire, comme s’il l’avait déjà vu quelque part.

Où avait-il bien pu le voir?

Lan SiZhui songea que cette intuition devait être importante, et ne put s’empêcher de s’approcher de la statue pour l’examiner plus attentivement. Au même moment, quelqu’un le heurta.

Un cultivateur qui était auparavant debout derrière lui s’effondra par terre, sans un bruit. Surpris, les autres se mirent aux aguets. Jin Ling demanda d’un ton prudent :

« Que lui est-il arrivé? »

Lan SiZhui sortit son épée et se baissa pour examiner le cultivateur. Il n’y avait rien de bizarre au niveau de sa respiration, il avait l’air de s’être juste endormi. Pourtant, peu importait à quel point on le secouait et on l’interpellait, il ne se réveillait pas. Lan SiZhui se releva.

« On dirait qu’il… »

Avant même qu’il n’achève sa phrase, la sombre grotte s’illumina soudain. Elle baignait désormais dans une lumière rougeâtre, comme si des cascades de sang se déversaient de ses murs. Les bougies sur l’autel d’offrandes et aux coins de la grotte s’étaient allumées spontanément.

Quelques shing retentirent : tous avaient soit tiré leurs épées, soit sorti leurs talismans. Au même moment, une personne fit irruption dans le temple, une gourde d’alcool médicinal à la main. Il la jeta sur la statue de pierre, et d’intenses flammes jaillirent, illuminant la grotte comme en plein jour.

Wei WuXian avait utilisé tous les objets qu’il avait trouvés dans la pochette qiankun. Il jeta cette dernière et hurla :

« Tout le monde, sortez! Faites attention à la déesse dévoreuse d’âmes à l’intérieur!

— La pose de la déesse a changé! » s’écria quelqu’un avec surprise.

Auparavant, la statue avait clairement un pied et les deux bras levés, dont l’un pointait directement vers le ciel, dans une pose gracieuse. Cependant, au milieu des flammes jaunes et écarlates, les bras et le pied s’étaient abaissés. Le doute n’était pas permis : ce n’était définitivement pas une hallucination!

L’instant suivant, la statue leva à nouveau un pied, et émergea de l’incendie!

« Courez, courez, courez! Arrêtez de donner des coups d’épée! Ça ne marchera pas! » cria Wei WuXian.

La plupart des cultivateurs choisirent de l’ignorer. Le monstre dévoreur d’âmes qu’ils avaient cherché si ardemment étaient enfin apparu, pour quelle raison passeraient-ils à côté d’une chance pareille? Néanmoins, en dépit de toutes les épées qui tranchaient et lacéraient, et de tous les talismans et objet magiques lancés, la marche de la statue ne fut pas ralentie le moins du monde. Avec sa hauteur de trois mètres environ, elle ressemblait à un titan qui avançait, d’une puissance oppressante. Elle cueillit deux cultivateurs et les éleva à hauteur de son visage. Les lèvres de pierre semblèrent s’ouvrir et se refermer, et les épées que les cultivateurs tenaient en main tombèrent au sol avec deux clank. Leurs têtes s’affaissèrent. Leurs âmes avaient été aspirées.

Voyant qu’aucune de leurs méthodes d’attaque ne fonctionnait, les autres étaient enfin disposés à écouter Wei WuXian. Ils se jetèrent tous dehors et s’éparpillèrent dans toutes les directions aussi vite qu’ils le pouvaient. Il y avait tant de gens et de visages, et plus Wei WuXian se sentait anxieux, plus il lui était difficile de repérer Jin Ling. Wei WuXian monta sur son âne, se précipita dans une forêt de bambou, et tomba sur les novices du clan Lan au moment où il faisait demi-tour.

Wei WuXian les interpella :

« Les enfants!

— Qui sont des enfants? tiqua Lan JingYi. Tu sais de quelle secte on vient? Tu pensais vraiment qu’on te considérerait comme un aîné juste parce que tu t’es lavé la figure?

— D’accord, d’accord, d’accord, les gars (6). Envoyez un signal et faite venir votre… HanGuang-Jun ici! »

Les novices hochèrent la tête plusieurs fois avant de s’agiter en tous sens à la recherche des signaux. Lan SiZhui prit la parole :

« Les signaux lumineux… Ils ont tous été épuisés au village de Mo. »

Wei WuXian était choqué.

« Vous ne vous êtes pas réapprovisionnés après ça? »

Les signaux lumineux n’étaient en règle générale utiles qu’une fois tous les huit cents ans. Lan SiZhui répondit timidement :

« On a oublié. »

Wei WuXian tenta de les effrayer :

« Est-ce le genre de chose que vous pouvez vous permettre d’oublier? Si HanGuang-Jun l’apprend, il risque de vous le faire regretter. »

Le visage de Lan JingYi était pâle de terreur.

« C’en est fini. Cette fois, on va être puni à mort par HanGuang-Jun…

— En effet, il ferait bien de vous punir! Sans punition, vous risquez de ne pas vous en rappeler la prochaine fois!

— Jeune Maître Mo, Jeune Maître Mo! intervint Lan SiZhui. Comment avez-vous su que ce n’était pas un esprit ou une bête dévoreuse d’âmes, mais la statue de la déesse? »

Wei WuXian cherchait Jin Ling tout en courant.

« Comment j’ai su? Je l’ai vu. »

Lan JingYi les rattrapa. Les deux garçons couraient, chacun d’un côté de Wei WuXian.

« Et qu’est-ce que tu as vu? Nous aussi on a vu un tas de choses.

— Vous avez vu des choses, et ensuite? Qu’y avait-il autour de la zone des anciennes tombes?

— Ce qu’il y avait? Rien, à part des esprits défunts.

— Exactement, il y avait des esprits défunts. C’est pour ça que ça ne pouvait pas être un esprit ou une bête dévoreuse d’âmes. C’est simple : si c’était l’un ou l’autre, avec autant d’esprit dans les parages, est ce qu’il aurait choisi de ne pas les manger? Non, certainement pas. »

Cette fois, il y eut plus d’une voix qui l’interrogèrent :

« Pourquoi ?

— Sérieusement, que dire de votre secte GusuLan… »

Wei WuXian ne pouvait en tolérer davantage.

« Pourquoi ne vous enseignent-ils pas moins de choses ennuyeuses, inutiles et interminables comme l’étiquette cultivationnelle, les arbres généalogiques et l’histoire, des disciplines qui requièrent juste de la mémorisation, plutôt que de vous apprendre plus de choses pratiques? Qu’est-ce qu’il y a de dur à comprendre? Les esprits des morts sont beaucoup plus faciles à absorber que les âmes d’êtres vivants. Le corps physique d’une personne en vie est comme un bouclier, si la créature veut dévorer une âme vivante, elle doit passer cette barrière. Par exemple… »

Il jeta un œil à son âne, qui haletait en roulant des yeux à force de courir, avant de reprendre :

« Par exemple, si on pose une pomme juste en face de vous, et qu’on en pose une autre dans une boîte fermée, laquelle choisiriez-vous de manger? Bien sûr, ce sera celle devant vous. Cette créature ne se nourrit que d’âmes d’êtres vivants, et connaît un moyen de se les procurer. Elle est à la fois puissante et sélective en terme de nourriture. »

Lan JingYi était stupéfait.

« Alors ça marche comme ça? Ça tient vraiment debout! Attends une minute, du coup, t’es vraiment pas un malade mental? »

Tout en courant, Lan SiZhui expliqua :

« Nous pensions tous que, puisque c’était le glissement de terrain et l’éclair qui avait entraîné cette série d’évènements, ce devait être un esprit dévoreur d’âmes.

— Faux.

— Qu’y a-t-il de faux?

— L’ordre et la corrélation sont erronés. Laisse-moi te poser une question : entre le glissement de terrain et les disparitions d’âmes, lequel de ces deux évènements est le premier, lequel est le second, lequel est la cause, lequel est l’effet? »

Lan SiZhui répondit immédiatement :

« Le glissement de terrain est le premier, la disparition d’âme le second. Le premier est la cause, et le suivant la conséquence.

— Complètement faux. La disparition d’âme était le premier, la cause, et le glissement de terrain le second, l’effet! La nuit du glissement de terrain, une tempête s’est brusquement levée, et un éclair a frappé un cercueil — gardez ça en tête. La première personne à avoir perdu son âme, le bon à rien, était bloqué dans les montagnes pendant toute la nuit, et s’est marié quelques jours après.

— Où est l’erreur? demanda Lan JingYi.

— Rien ne va! Où est-ce qu’un bon à rien sans le sou aurait trouvé les moyens nécessaires à un mariage aussi pompeux!

Les garçons étaient sans voix. Mais il n’y avait rien d’étonnant à cela, dans la mesure où GusuLan était une secte qui n’avait pas à se soucier des questions d’argents. Wei WuXian reprit :

— Avez-vous jeté un œil aux âmes défuntes qui flottent autour de la Montagne Dafan? Il y a un vieil homme mort d’un coup à la tête, vêtu de vêtements funéraires en étoffes précieuses faites avec un admirable savoir-faire. Avec des vêtements funéraires aussi fastueux, aucune chance que son cercueil soit vide, il y avait forcément quelques objets funéraires (7) pour le protéger. Le cercueil qui a été frappé par la foudre doit sans doute être le sien. Cependant, les gens venus récupérer le corps n’ont trouvé aucun objet funéraire, ce qui signifie qu’ils ont dû être emportés par le bon à rien, ce qui expliquerait pourquoi il est devenu riche d’un coup. Il a décidé ensuite de se marier après le glissement de terrain, donc un événement inhabituel a dû se produire cette nuit-là. Une grosse tempête s’est brusquement levée, et il a cherché un abri dans la montagne. À quel endroit de la Montagne Dafan est-il possible de s’abriter de la pluie? Le Temple de la Déesse. Et la majorité des gens qui entre dans un temple y font une chose en particulier.

— Prier? demanda Lan SiZhui.

— Exactement. Par exemple, il aurait pu prier pour sa chance, sa richesse, avoir assez d’argent pour se marier, et ainsi de suite. La déesse a exaucé son vœu avec l’éclair qui a ouvert le cercueil, lui permettant de voir le trésor funéraire. Ses prières se sont réalisées, et, comme sacrifice, la déesse est venu le soir de son mariage et a prit son âme!

— Tout ça, ce ne sont que des suppositions, n’est-ce pas? s’enquit Lan JingYi

— Oui, ce sont des suppositions, mais en suivant cette logique, tout ce qui s’est produit jusque-là trouve une explication.

— Comment cela peut-il expliquer ce qui est arrivé à la fille, A-Yan? interrogea Lan SiZhui.

— Excellente question. Je suppose que vous vous êtes probablement renseigné avant de venir sur la montagne. A-Yan venait juste de se fiancer. Absolument toutes les jeunes filles récemment fiancées ont le même souhait. »

Lan JingYi était confus. « Quel souhait?

— Quoi d’autre, si ce n’est quelque chose du style : “Je souhaite que mon époux m’aime et tienne à moi toute sa vie, et qu’il ne soit attiré que par moi.” »

Les garçons étaient perdus.

« Un souhait pareil peut vraiment être exaucé ?

— C’est simple, dit Wei XuXian en tendant la paume. Si “toute la vie” de son mari cesse prématurément, cela ne compte-t-il pas comme “n’aimer qu’une personne durant toute sa vie”? »

Lan JingYi comprit finalement et s’écria avec excitation : « Oh, oh! Alors, alors, alors, la raison derrière le fait que son mari se soit fait dévorer par les loups la journée suivant les fiançailles est que A-Yan était très certainement allée prier au Temple de la Déesse! »

Wei WuXian battit le fer tant qu’il était encore chaud :

« Il est difficile de déterminer s’il a été attaqué par des loups ou par autre chose. Il y a un autre facteur unique chez A-Yan : pourquoi, parmi toutes les victimes, c’est la seule dont l’âme soit revenue? En quoi est-elle différente des autres? La différence, c’est qu’un de ses parents a aussi perdu son âme. Autrement dit, ce parent l’a remplacé! Le forgeron Zheng est le père de A-Yan, et un père aimant par-dessus le marché. Donc, quand il a vu que sa fille avait perdu son âme, et qu’il n’y avait aucune solution à ce problème, quel était la seule chose qu’il pouvait faire? »

Cette fois, Lan SiZhui répondit rapidement :

« Il ne pouvait que s’en remettre aux Cieux. Par conséquent, il s’est lui aussi rendu au Temple de la Déesse pour prier, son vœux étant  “Je souhaite que l’âme de ma fille soit retrouvée”! »

Wei WuXian approuva :

« C’est pour cette raison que seule l’âme de A-Yan est revenue, et que le forgeron Zheng a perdu la sienne. Cependant, même si l’âme de A-Yan lui a été retournée, elle était quelque peu endommagée. Après son retour, elle a inconsciemment commencé à imiter la danse de la statue de la déesse, et même son sourire. »

Le point commun entre ceux qui avaient perdu leurs âmes était qu’ils avaient probablement tous prié devant la statue de la déesse. Le prix en échange de la réalisation de leurs vœux était leur âme.

La statue de la déesse était à l’origine un rocher banal qui se trouvait par hasard avoir une apparence humaine. Ayant reçu l’équivalent de quelques siècles de vénération sans aucune raison, il en résultat qu’elle gagna quelques pouvoirs. Pourtant, par cupidité et parce que ses pensées s’étaient aventurées sur la mauvaise voie, elle avait voulu accroître rapidement son pouvoir en dévorant des âmes. Ces âmes étaient obtenues par échange de vœux, et pouvaient être considérées comme le sacrifice volontaire de ceux qui avaient prié. Les deux parties avaient un contrat équitable : un vœu pour un autre, cela semblait juste et moral. C’est pour cela que les aiguilles des boussoles des flux maléfiques ne bougeaient pas, que les bannières d’attraction spectrale ne fonctionnaient pas, et que les pouvoirs des épées et des talismans étaient annulés : la créature de la Montagne Dafan n’était pas un esprit, un démon, un fantôme ou un monstre, mais une déesse, une divinité née de siècles d’offrandes d’encens! Utiliser contre elle les outils qui servaient à exorciser les mauvais esprits était aussi efficace que d’utiliser du feu pour éteindre un incendie!

Lan JingYi objecta en s’écriant :

« Minute! Tout à l’heure, dans le temple, quelqu’un a aussi perdu son âme, mais on ne l’a pas entendu faire de souhait! »

Le cœur de Wei WuXian eut un soubresaut. Il cessa d’avancer.

« Quelqu’un a perdu son âme dans le temple? Décrivez-moi tout ce qui s’est passé tout à l’heure, n’omettez aucun détail. »

Lan SiZhui rapporta le déroulement des événements de façon claire et concise. Quand il arriva à la partie où Jin Ling avait dit “si c’est vraiment si efficace, je vais prier pour que la créature dévoreuse d’âme de la Montagne Dafan apparaisse devant moi maintenant. Est-ce que cette statue est capable de faire ça?”, Wei WuXian l’interrompit :

« Comment une chose pareille pourrait être autre chose qu’un vœu? C’en est très clairement un! »

Les autres avaient approuvé les paroles de Jin Ling, la statue a donc considéré qu’ils avaient tous fait le même vœux. La déesse dévoreuse d’âmes étant déjà devant eux à ce moment-là, le souhait avait été réalisé. Il n’y avait plus qu’à récolter le sacrifice!

Soudain, l’âne s’arrêta et courut dans la direction opposée. Wei WuXian, pris au dépourvu, fut à nouveau jeté de sa monture, mais il tira sur les reines en dépit de tout. Cependant, un bruit de mastication, agrémenté de craquements et de gargouillis, s’éleva des fourrés en face de lui. Une immense figure serpentait au milieu des buissons, sa tête immense posée au sol, utilisant son ventre pour se déplacer. Ayant entendu du bruit, elle releva immédiatement la tête. Leurs yeux se croisèrent.

À l’origine, les traits de la déesse dévoreuse d’âme étaient indistincts, avec seulement une vague forme d’yeux, de nez, de bouche et d’oreilles sur le visage, mais après avoir mangé les âmes de plusieurs cultivateurs à la suite, ses traits s’étaient précisés. C’était le visage d’une femme souriante, avec du sang qui coulait des coins de ses lèvres, mâchant un bras qu’elle avait auparavant arraché.

Tous suivirent l’exemple de l’âne et se précipitèrent dans la direction opposée.

Lan SiZhui était atterré.

« Ce n’est pas censé se passer ainsi! Le Patriarche de YiLing a jadis stipulé que les créatures de haut niveau dévoraient des âmes, et que seules celles de faible niveau se nourrissaient de chair!

— Mais pourquoi vous l’encensez aveuglément? ne put s’empêcher de commenter Wei WuXian. Même ses propres inventions étaient nulles! Aucune règle ne reste la même quelle que soit la situation. Tu n’as qu’à imaginer que c’est un nourrisson : en l’absence de dent, il ne peut manger que de la bouillis et de la soupe, mais en grandissant, il voudra bien entendu manger de la viande avec ses dents. Elle vient juste de gagner énormément de pouvoir, c’est évident qu’elle veut goûter à de nouvelles choses! »

La déesse dévoreuse d’âmes se releva. Son corps était immense. Elle se mit à danser avec ses bras et ses jambes dans un état d’excitation incontrôlable, comme si elle était particulièrement ravie. Sortant de nulle part, une flèche lui transperça le crâne avec un fiou, la pointe apparaissant de l’autre côté la tête.

Wei WuXian suivit le bruit de la corde de l’arc qui se détendait et regarda dans cette direction. Jin Ling était debout au sommet d’une haute colline peu éloignée, et avait déjà placé une deuxième flèche empennée dans son arc. Il tira la corde au maximum et libéra une autre flèche qui traversa la tête de la statue. La force du tir obligea la déesse dévoreuse d’âme à reculer maladroitement de quelques pas.

« Jeune Maître Jin! Envoyez le signal que vous avez sur vous! » s’écria Lan SiZhui.

Jin Ling fit la sourde oreille, déterminé à terrasser le monstre. Le visage solennel, il plaça simultanément trois flèches à son arc. Bien qu’elle ait été touchée deux fois à la tête, la déesse dévoreuse d’âmes n’était pas troublée, et avançait vers Jin Ling en arborant toujours le même sourire sur son visage. Même si elle se déplaçait en dansant, sa vitesse était terrifiante, réduisant de moitié la distance qui les séparait en un instant. Des cultivateurs apparurent sur le côté et l’attaquèrent, gênant sa course. Jin Ling tirait une flèche sur la déesse à chacun de ses pas, cherchant sans doute à toutes les user avant de se battre de façon rapproché contre elle. Son bras était ferme, et ses tirs étaient précis, mais les armes magiques n’étaient d’aucune utilité contre la déesse!

Jiang Cheng comme Lan WangJi étaient au Pied de Bouddha, dans l’attente de nouvelles, qui savait combien de temps il leur faudrait pour comprendre qu’il y avait un problème et venir jusque là. Pour éteindre un feu, il faut de l’eau. Par conséquent, si les armes magiques ne fonctionnaient pas, qu’en était il de la magie noire?

Wei WuXian dégaina l’épée ceinte à la taille de Lan SiZhui, découpa une fine branche de bambou qu’il tailla rapidement pour en faire une flûte. Il la porta à hauteur de ses livres et inhala profondément. Le timbre perçant de la flûte, pareil à une flèche, trancha le ciel nocturne et s’éleva jusques aux nues.

Cela aurait dû être son dernier recours, mais dans une telle situation, peu importait ce qu’il invoquait, tant que son énergie négative était suffisamment forte et que ses intentions meurtrières était suffisamment vives pour réduire en charpie la déesse dévoreuse d’âme!

Lan SiZhui était choqué au point d’en être pétrifié, tandis Lan JinYi couvrait ses oreilles.

« Regarde dans quelle situation on est, et toi tu te mets à jouer de la fûte? Ça sonne horriblement faux! »

Sur le champ de bataille, trois ou quatre des cultivateurs qui affrontaient la déesse y avaient laissé leurs âmes. Jin Ling tira son épée. Il était déjà à moins de deux zhang (7) de la déesse. Son cœur battait à toute allure, et tout son sang lui montait à la tête.

“Si je ne parviens pas à lui trancher la tête avec ce coup, je vais mourir ici — dans ce cas, advienne que pourra!”

Au même moment, un bruit de tintement se fit entendre dans les forêts de la Montagne Dafan.

Cling, cling, cling, cling. Parfois rapide, parfois plus lent ; s’arrêtant parfois, puis continuant. Ça résonnait dans les bois silencieux, comme le son de chaînes de fer qui se percutaient et traînaient au sol. Ça se rapprochait, et ça devenait de plus en plus bruyant.

Pour une raison inconnue, ce son donnait aux gens une désagréable sensation de danger. Même la déesse dévoreuse d’âmes avait arrêté de danser. Elle leva les bras, et regardait fixement les ténèbres d’où provenait le bruit.

Wei WuXian baissa sa flûte et scruta attentivement dans la même direction.

Le mauvais pressentiment qu’il ressentait se fit de plus en plus fort, mais, puisque la créature était venue volontairement suite à l’invocation, au moins, c’était quelque chose qui était prêt à lui obéir.

Puis, brusquement, le bruit cessa. Une silhouette émergea des ténèbres.

Dès qu’ils purent voir clairement l’apparence et le visage de la créature, les traits des cultivateurs se tordirent.

Même quand il faisait face à la statue de la déesse capable d’aspirer leurs âmes à tout instant, le groupe n’avait pas battu en retraite ni montré la moindre trace de peur ; cependant, les cris qu’ils poussaient à présent étaient emplis d’une terreur qu’ils ne pouvaient pas réprimer.

« … Le Général Fantôme! C’est le Général Fantôme, c’est Wen Ning! »

Le titre de “Général Fantôme” était aussi tristement célèbre que celui du Patriarche de YiLing. La plupart du temps, les deux noms apparaissaient ensemble.

Ce titre ne faisait référence qu’à une seule personne : le bras-droit du Patriarche de YiLing Wei Ying, le complice des crimes de ce tyran, avec qui ils déchaînaient vents et marées, celui qui jouait le chacal auprès du tigre, qui a dévasté le monde avec lui, et, par dessus tout, un cadavre furieux qui auraient dû être réduit en cendres depuis longtemps : c’était Wen Ning!

 


 

NDT

(1) GuanYin: Une des principales déesses en Chine. Une des principales déesses en Chine. Bodhisattva de sexe masculin dans le bouddhisme indien, mais quand la religion s’étendit à la Chine, elle devint là-bas une déesse.

(2) Immortel: Objectif de tous les cultivateurs, un Immortel est un être céleste quasi-divin. On peut naître immortel ou on peut le devenir en cultivant.

(3) Déesse des Neuf Paradis : ou Jiutian Xuannü, c’est une déesse de la guerre, de la sexualité et de la longévité.

(4) Empereur de Jade : Souverain de toutes les divinités célestes dans la religion daoïste et dans le folklore chinois en général.

(5) Temple erjin : Type de temple présent en général dans des montagnes isolées ou des forêts, habité par des moines et avec peu de visiteurs (c’est un peu l’équivalent d’un monastère occidental). Ils sont en général très grand, d’où la comparaison.

(6) “Les gars” : C’est le mot chinois “gege” qui est utilisé ici. Cela signifie en littéralement “grand frère”, mais pas forcément dans le sens familial, c’est plus une façon de s’adresser à quelqu’un de de façon non formelle, tout en lui donnant un certain crédit, comme un égal voire quelqu’un de légèrement supérieur. Dans cette situation, “les gars” me semblait la traduction la plus appropriée

(7) Objets funéraires : des objets parfois très précieux étaient placés dans les tombes pour accompagner le défunt et lui assurer un confort matériel dans la vie après la mort. Certaines des pièces de ces trésors funéraires peuvent aussi être des objets rituels assurant la protection et le repos du défunt.

(8) Zhang : 1 zhang est environ égal à 3,30 mètres.

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Traduit par la team : Dragonfly Fantrad