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Shinigami o Tabeta Shoujo

Traduit par la team : Blastaf
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Meilleur constraste
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Tome 1 Chapitre 8 – Le pain offert comme présent est probablement délicieux


 

Blanca, Capitale du Royaume Yuze. Après l’échec de l’Engagement d’Alucia, et la chute du Château Antigua, les généraux de la Première Armée conduisaient un débat houleux sur les politiques futures.

 « Alors qu’il possédait deux fois plus de soldats que l’ennemi, les rebelles l’ont vaincu. General Yalder nous a tous profondément déçus ! »

« Les survivantes de la Troisième Armée, gardes inclus, sont au nombre de 40 000. Ils conduisent actuellement des campagnes de recrutement autour de Belta, mais celles-ci ne semblent pas avancer. De plus, leurs quantités de provisions actuelles les inquiètent, alors ils demandent l’envoi de biens et de flèches. »

« Nous ne leur enverrons rien. Envoyez-leur plutôt l’ordre de réquisitionner les villages environnants. Les vivres présentes ici sont pour la Première Armée et la défense de la Capitale Royale. Nous avons envoyé à la Troisième Armée plus de provisions que nécessaire lors de l’envoi des troupes ! »

Le Lieutenant Général Barbora, exaspéré, frappa son bureau. Il était l’un des généraux affilié à la Première Armée. Il avait fermement insisté pour que l’élimination de l’armée rebelle soit confiée dès le départ à la Première Armée. Depuis qu’il avait apprit la défaite de la Troisième Armée, il crachait critique après critique envers Yalder. Barbora se tenait derrière dans la course aux promotions, alors il attendait une chance, une ouverture pour pouvoir surpasser Yalder.

« Au pire, nous devrons abandonner la Zone Frontière Centrale. La Seconde Armée est postée au sud-est, et les Quatrième et Cinquième Armées au nord-ouest. Nous n’avons personne en réserve pour reprendre Antigua. »

La Seconde Armée était en charge de la défense du territoire sud-est du Royaume.

Au nord-ouest, deux Corps d’Armée : la Quatrième et la Cinquième Armée, gardaient l’Empire à distance.

Une ligne de forts avait été construite dans la dangereuse région nord-ouest afin de bloquer la route principale.

La raison d’une telle considération pour la défense du nord-ouest était simple. Sans cette région, il était possible de suivre la route principale pour se diriger directement vers la Capitale Royale.

« Ce serait absurde. L’armée rebelle souhaiterait justement que nous partions. La Zone Frontière Centrale est un territoire fertile ainsi qu’une position vitale pour notre Royaume. Nous devons absolument la défendre corps et âme ! »

« Mais est-il vrai que nous n’avons plus aucun surplus militaire nul part ? Où souhaitez-vous donc trouver des soldats !? »

« Nous manquons d’argent, de soldats et de provisions. C’est impossible ! Nous devons demander au trône d’augmenter davantage le budget militaire ! »

Les seniors généraux échangeaient librement leurs idées, sans rien connaitre de l’état actuel des finances du Royaume. Les officiers civils, connaissant tout à fait la situation, les regardaient froidement, mais sans que les généraux ne s’en aperçoivent.

« Tout cela, c’est à cause de la défaite du Général Yalder ! Nous devons le convoquer ici-même et le faire passer en cour martiale ! »

S’écria Barbora en projetant sa salive devant lui.

« Je suis tout à fait d’accord avec le Lieutenant Général Barbora ! Cela me fait de la peine, mais des sanctions sont nécessaires. Votre Excellence Sharov, quelle est votre décision !? »

Demandèrent-ils, se tournant vers le général vétéran qui, les yeux fermés, écoutait la discussion depuis son tout début. Celui-ci était un vieux soldat aux cheveux blancs et aux rides saillantes, mais son physique de soldat était toujours visible. Cet homme au calme impressionnant était le commandant de la Première Armée, Sharov Bazarov.

Au cours de la précédente Grande Guerre, c’était son arrière grand-père qui avait traversé les défenses de l’Empire et de l’Union après une campagne ratée, retournant la situation jusqu’à ce qu’un cessez-le-feu soit signé.

Ainsi, la Maison Bazarov avait continué à produire de nombreux soldats, dont la plupart avaient été promus à de hautes positions.

Sharov avait montré sa détermination avant d’être promu Maréchal, le plus haut rang dans l’Armée du Royaume. Actuellement, il était la dernière ligne de défense de la Capitale Royale, et s’occupait de surveiller les alentours de la Capitale.

« ….Actuellement, si nous congédions Yalder, Belta tombera. Nous devrions éviter une telle inconscience. »

« Mais, Antigua n’est-il pas déjà tombé sous son commandement ? Je ne pense pas que le Général Yalder soit capable de défendre Belta ! »

« D’après nos rapports, l’ennemi a utilisé une nouvelle arme au début de l’affrontement. Il est fortement probable que peu importe la personne envoyée là-bas, le même résultat aurait été obtenu. Nous avons sous-estimé l’Armée Rebelle. »

« Vous parlez de cette Mine Terrestre Magique ? »

La mine terrestre récupérée par Schera avait été envoyé directement à la Capitale Royale, et délivrée au département de recherches. L’arme était actuellement démantelée afin de permettre sa duplication. Sa structure était simple, et son désarmement aisé, d’après les rapports. Le seul danger était la puissance magique amassée à l’intérieur. Du moment que la mine n’explosait pas, il s’agissait d’un simple baril en fer.

« De plus, ils ont été vaincus mais n’ont pas laissé l’ennemi s’approcher de Belta. Yalder est peut-être frivole, mais il est brave. Son nom est bien connu de la Zone Frontière Centrale, et les seigneurs féodaux lui prêtent toujours allégeance, malgré sa défaite… Si nous changeons de commandement et coupons la chaine d’autorité, l’ennemi en profitera. L’Armée Rebelle attend l’occasion parfaite pour nous dévorer. »

« M-Mais… ! »

« —Il vaudrait mieux, je pense, envoyer des soldats de la Première Armée de la Capitale Royale afin d’écraser l’ennemi aux côtés de la Troisième Armée. »

« ……….. »

« ….Ce sont peut-être vos mots, Votre Excellence Maréchal, mais la situation du Général Yalder a déjà été transmise au Roi par l’intermédiaire du Seigneur Premier Ministre. A mon humble avis, sa destitution n’est qu’une question de temps. »

« Est-ce vrai !? »

Demanda bruyamment Barbora à l’officier civil.

« Sir, sans le moindre doute. »

En entendant sa réponse, Barbora ricana. Ainsi, un obstacle allait disparaitre. Mais une simple destitution n’était pas assez. Il voulait le faire passer en cour martiale, et pousser Yalder dans ses retranchements en le privant de son rang. En fait, la mort de Yalder ne le dérangerait même pas. Les rivaux devaient être complètement écrasés.

« Votre Excellence. Ainsi, l’affaire est réglée. Mais une simple destitution serait une punition bien trop indulgente. Il faut nous en référer aux lois militaires et le forcer à assumer ses responsabilités ! »

« …….. »

« Votre Excellence Sharov ! »

« Votre Excellence ! Votre décision ! »

« J’irais voir Sa Majesté afin de confirmer ces dires. Jusque là, je me prive de tout jugement ! »

Affirma fermement Sharov, réduisant au silence des officiers commissionnés autour de lui. Après un long soupir, Sharov quitta la salle de conférence.

 

Château Royal Blanca, Salle du Trône.

Passant au milieu des gardes impériaux alignés, Sharov exigea une audience avec le Roi.

Le Roi du Royaume Yuze, Kristoff Yuze Unimat, était actuellement assis sur son trône. Autrefois, il était un jeune homme transpirant la sagesse, avec un grand futur devant lui. Mais après avoir été impliqué dans une violente et soudaine guerre de succession, Kristoff avait changé. Au milieu des guerres de cour, il avait sacrifié de nombreuses personnes avant d’obtenir le trône.

Mais petit à petit, il avait arrêté de s’occuper de la politique du Royaume, préférant s’isoler dans les profondeurs du palace. Après la mort de son fils adoré suite à une maladie, les choses n’avaient fait qu’empirer.

Il idolâtrait la religion, et avait versé de larges quantités d’argent en donation et en construction d’églises.

Il gardait à l’écart les officiers civils osant remettre en cause ses décisions, et les envoyait parfois même en prison. Ainsi, il n’avait laissé au final autour de lui que les membres de la cour les plus rusés qui lui chuchotaient à l’oreille seulement ce qu’il voulait entendre. Cet homme maigre, se tenant sans la moindre gêne aux côtés du Roi, pouvait probablement être considéré comme le plus influent de ces membres de la cour.

Il était le Premier Ministre du Royaume, Farzam. La raison de son obtention de la plus haute position d’officier civil au jeune âge de 35 ans était simple. Cet homme servait le Roi depuis son plus jeune âge, et avait utilisé cet atout à son avantage. Il chuchotait des mots favorables à l’oreille du Roi, tout en purgeant ceux qui osaient le contredire. Il révoquait leurs titres, les bannissaient du Royaume, et les personnes qu’il avait tué ne pouvaient même plus être comptées.

C’était cet homme qui avait conspiré contre le père de l’un des dirigeants de l’Armée de Libération, la Princesse Alture. D’après Sharov, cet homme, Farzam, était le suspect principal derrière les conflits internes actuels.

« —Votre Majesté. Moi, Sharov, j’ai demandé une audience afin de confirmer les dires concernant une certaine situation. »

Sharov s’agenouilla et s’adressa au Roi. Le Premier Ministre Farzan fit un pas en avant, et demanda,

« Si ce n’est Son Excellence, le Maréchal Sharov. Que voulez-vous ? »

« J’aimerai tout d’abord parler directement à Sa Majesté. Excusez-moi, mais j’aimerai que le Seigneur Premier Ministre ne s’implique pas dans notre discussion. »

« Quelle dureté. Son Excellence le Maréchal semble avoir récemment fermé son cœur. Faites attention à vous. »

S’exclama Farzam, souriant tout en baissant respectueusement la tête. Sharov grogna, les yeux plissés, puis s’adressa de nouveau au Roi.

« —Votre Majesté. Est-il vrai que Yalder sera congédié ? »

« …..Tout à fait. Yalder ne peut pas gagner. Même si je lui ai récemment envoyé une lettre d’encouragement pour préserver le moral des troupes, il est inutile d’envoyer des renforts si Belta tombe. »

En vérité, il souhaitait congédier immédiatement Yalder, mais il n’y avait pas assez de personnel compétent pour lui succéder. Tous les Généraux Majors de la Troisième Armée étaient morts au combat. Il ne restait plus que les officiers du personnel. Ainsi, jusqu’à ce qu’un successeur puisse être envoyé, Yalder allait garder son rôle.

« Pourriez-vous s’il-vous-plait reconsidérer cette décision ? »

« ……Non. Ma décision a été prise. »

Répondit langoureusement le Roi. Son visage était pâme, et de larges cernes étaient visibles sous ses yeux. Il était difficile de le considérer en bonne santé, et il semblait négliger régulièrement sa santé.

« Dans ce cas, rattachez-moi, Sharov, à la Troisième Armée. Je suis prêt à endurer les conséquences de la chute d’Alucia. Ainsi, moi et Yalder, nous détruirons sans faute l’Armée Rebelle, je peux vous l’assurer. »

« Votre Majesté. Le Maréchal Sharov est le général le plus célèbre du Royaume. Personne d’autre que lui ne peut défendre la Capitale Royale. De plus, la situation du Général Yalder ne devrait concerner en rien le Maréchal. »

Ajouta Farzam, insistant sur le renvoi de Yalder. Sharov devait servir de ‘Décoration’ à la Capitale Royale. Après tout, sa célébrité pouvait toujours servir.

« …..Sharov. Tu es très bien là où tu es. Quant à la suppression de l’Armée Rebelle, la Quatrième Armée sera retirée de la région Nord-ouest afin d’être envoyée à Berta. La Troisième Armée sera incorporée à la Quatrième Armée. »

« Mais ainsi, le Nord-ouest ne sera plus assez bien protégé. Je ne pense pas que l’Empire ignorera cette opportunité. A mon humble avis, nous ne pouvons pas confier la défense à la Cinquième Armée seule. »

 « Si nous éliminons rapidement l’Armée Rebelle, il n’y aura aucun problème. De plus, aucun large mouvement militaire n’a été repéré du côté de l’Empire. N’est-ce pas la preuve qu’eux aussi manquent de surplus ? Et même s’ils se décident à avancer, notre fière ligne de forts nous servira de défense impénétrable. »

Répondit le Premier Ministre à la place du Roi. Alors que les finances étaient au plus bas, une large quantité d’argent avait été investie dans cette ligne de forts. ‘Si nous ne les utilisons pas maintenant, quand le ferons-nous ?’, pensait le Premier Ministre Farzam.

« Premier Ministre Farzam. La région Nord-ouest abrite de grandes tensions. Si nous déplaçons nos troupes, l’Empire entrera en action. Nous devons contester cette zone. Notre solide ligne de forts doit nous servir de dissuasion. »

« Essayez-vous de dire que nous avons investi nos précieuses taxes dans une simple dissuasion ? Pensez-vous que nous pouvons lever des fonds militaires n’importe quand ? »

« Ces forts ont été construits pour empêcher une offensive de l’Empire. Si nous combattons celui-ci, nous dépenserons davantage d’argent, mais aussi davantage de sang. »

« D’ailleurs, si nous n’envoyons aucun renforts à Belta, ce serait laisser libre l’Armée Rebelle. J’aimerai bien savoir comment vous comptez vaincre les insurgés. La Troisième Armée est déjà incontrôlable, et je ne pense pas que votre attitude actuelle soit celle d’un Maréchal. »

Répondit Farzam, réalisant de grands gestes tout en attaquant verbalement Sharov.

« Dans ce cas, j’aimerai l’autorisation d’envoyer des troupes depuis la Capitale Royale. La Première Armée servirait d’escadron mobile. La moitié serait envoyée dans la Zone Frontière Centrale. Une fois prit en tenaille par la Troisième Armée et les renforts de la Capitale Royale, l’ennemi sera forcé de diviser ses forces. »

En entendant les paroles de Sharov, Farzam ouvrit grand les yeux.

« Pour vouloir diviser les forces gardant la Capitale Royale Blanca, vous devez avoir perdu la raison. Que comptez-vous faire si le peuple se révolte dans les régions manquant de soldats !? —Votre Majesté, la Première Armée ne doit absolument pas être mobilisée. »

« Nous ne pouvons utiliser que la Première Armée afin d’exterminer l’Armée Rebelle tout en gardant l’Empire à distance. 30 000 soldats et tous les réservistes devraient suffire à défendre la Capitale Royale. »

—Une gigantesque muraille avait été construite tout autour de la municipalité de la Capitale royale Blanca. Autour de la circonférence de cette muraille s’étendait des douves, elles-mêmes accompagnées de hauts remparts. Ainsi, attaquer la Capitale Royale nécessitait une forme militaire considérable et de nombreuses armes de siège. Et même avec tout cela, les pertes étaient sûres de s’accumuler. De nombreuses tours de gardes avaient été érigées à l’extérieur de la ville, et une vigilance précise était maintenue.

Visible depuis le Château Royal, à l’est se dressait la Forteresse Sāyeh, construite durant la Grande Guerre. Depuis cette forteresse occupant une position stratégique naturelle, le dos sans défense de la Capitale Royale était clairement visible.

En cas d’urgence, cette forteresse pouvait coopérer avec le Château Royal afin de dévoiler une capacité défensive incroyable. Si la forteresse était ignorée, alors une attaque en tenaille pouvait être lancée depuis l’arrière de l’ennemi. Et si l’ennemi décidait d’attaquer la forteresse avec sa force principale, beaucoup de temps et de soldats risquaient d’être gâchés. Il s’agissait donc de la parfaite forteresse finale du Royaume.

De plus, dans les montagnes au sud était actuellement construit un petit château, même s’il n’était pas comparable à la Forteresse Sāyeh. Le Château Royal, Sāyeh et ce petit château formaient un triangle protégeant au mieux la Capitale royale.

—Et bien sûr, des fonds militaires gigantesques étaient investis dans ces trois positions.

« Pardonnez-moi, mais en tant que Premier Ministre j’ai du mal à vous comprendre, Maréchal. Diminuer la défense de la Capitale Royale où réside Sa Majesté est sûrement le pire plan possible ! »

« ……Sharov. La Première Armée restera ici. La Quatrième Armée se dirigera vers Belta. A son arrivée, Yalder sera remplacé et convoqué ici…. J’ai déjà pris ma décision. Concentre-toi sur la défense de la Capitale Royale. »

« —Votre Majesté. »

« ……Cette conversation est terminée. Je suis fatigué et dois retourner dans ma chambre. Mon ami, Farzam, au revoir. »

« Certainement, Votre Majesté. Profitez de votre repos. »

« ……. »

« —Maréchal Sharov. Ainsi se termine votre audience. Dépêchez-vous de retourner à vos affaires. J’ai plusieurs affaires gouvernementales à régler, alors veuillez m’excuser. »

Farzam regarda une dernière fois Sharov de haut, puis, accompagné des Gardes Impériaux, quitta la salle du trône.

Sharov, silencieux, resta agenouillé plusieurs minutes.

 

Six mois après la défaite lors de l’Engagement d’Alucia— Château Belta, Bureau de Sidamo.

Ses lunettes sur le nez, Sidamo s’occupait de divers documents officiels lorsque quelqu’un frappa à la porte. Il leva la tête de ses papiers, retira ses lunettes, puis répondit,

« —Qui est-ce ? »

« Major Schera Zade*. On m’a dit que vous vouliez me voir. »

Schera se présenta d’une manière à laquelle elle n’était pas encore habituée. Elle n’avait commencé à utilisé ce nom de famille que très récemment.

« Entrez. »

« —Veuillez m’excuser ! »

Contrairement à avant, Schera était entièrement recouverte d’une armure. Elle entra dans la pièce, puis salua. Bien évidemment, elle n’avait pas sa large faux avec elle.

« Vous pouvez prendre vos aises…. Mais cela ne veut pas dire manger. Retenez-vous devant un officier supérieur. Combien de fois dois-je vous le dire avant que vous ne compreniez ? »

Il critiqua Schera qui venait de sortir quelques haricots à la fin de son salut.

« Veuillez m’excuser. »

« Soyez un minimum sincère dans vos paroles. De même pour votre expression lorsque vous vous excusez. Vous avez été promue Major ; apprenez donc comment échanger avec autrui. »

« Sir ! »

Schera s’empressa de mâcher les haricots avant de les avaler.

« Vous étiez en charge des patrouilles, alors vous ne le savez peut-être pas, mais les ordres d’une restructuration ont été reçus. »

« Comment cela va se passer ? »

« ……Le Général Yalder a tout à coup un ‘problème de santé’, et doit guérir à la Capitale Royale. Il a été décidé que nous, la Troisième Armée, nous rejoignons la Quatrième Armée venant du Nord. En résumé, nos supérieurs vont changer, et des renforts arriveront. »

« ……Sir. »

Le Général Yalder paraissait pourtant en très bonne santé la veille. Ayant reçu une directive de la Capitale Royale, il n’avait pas pu contenir sa colère et avait éclaté de rage. Le bureau du Seigneur du château était maintenant en piteux état, comme si l’ennemi l’avait attaqué. Yalder avait rapidement réalisé que la lettre d’encouragement envoyée par le Royaume après la défaite n’était qu’une simple consolation. En tant que commandant, voir ainsi sa Troisième Armée chérie être complètement avalé était comme perdre son propre enfant.

‘Au moins, il n’a pas été démit de ses fonctions’, pensa Schera. Honnêtement, elle s’en fichait.

Le Général Yalder adorait pourtant Schera comme sa petite fille, et avait même fait en sorte qu’elle reçoive le nom de famille du Général Major Jira tombé au combat. Yalder, trouvant dommage que la lignée de Jira prenne fin sans le moindre successeur, avait eu la brillante idée de faire de cette jeune et brave guerrière sa successeure.

Sidamo, ayant davantage de travail à faire, était quant à lui au bord de la dépression nerveuse.  Après tout, même si Jira Zade n’avait pas de successeur, il avait toujours de la famille. Ainsi, il avait rencontré quelques difficultés, mais après de longues et difficiles négociations, il avait obtenu leur consentement. Une fois sa carte finale jouée, l’or préparé par Yalder, la famille Zade, comprenant la situation, changea vite de posture. Le territoire de la famille Zade avait été abandonné, et leur nom de famille n’était maintenant plus qu’une position honoraire. Dans une telle époque, l’argent semblait plus important que l’honneur.

Je ne sais cela que trop bien. Mais certaines choses ne devraient jamais être abandonnées.

Se ridiculisant lui-même pour avoir été manipulé par son nom de famille, Sidamo avait terminé cette corvée de succession. Bien sûr, Schera ne savait pas qu’il s’agissait d’une procédure aussi compliquée. Forcée à adopter un nom de famille qu’elle ne voulait pas, Schera avait paru extrêmement ennuyée lors de l’obtention de ce nom. Lorsqu’il repensait aux négociations difficiles qu’il avait dû mener, Sidamo avait envie de la frapper, mais il savait qu’il avait de grandes chances de mourir en cas de contre-attaque.

« ….Je continuerai mon travail d’officier du personnel, même si j’ai perdu mon rang de Chef Officier du Personnel. Vous aussi, continuez de vous dévouer pour le Royaume. »

« Compris. »

« De plus, je n’ai aucun doute sur vos compétences en tant que soldat, mais plutôt sur vos compétences de commandante. Ainsi, j’ai décidé de vous assigner deux adjudants qui vous assisteront. »

« Des adjudants ? »

« Tout à fait. Ils ont demandé eux-mêmes à rejoindre votre unité. Des positions de Chef d’Escouade étaient libres, mais ils ont refusé. Ce sont deux excellentes personnes ayant étudié la stratégie militaire à l’académie militaire du Royaume. Ils vous surpassent sans le moindre doute en termes de leadership, de tactiques et d’ingéniosité. »

Sidamo n’oublia pas de lancer quelques critiques à Schera tout en vantant l’excellence des deux adjudants. Celui-ci voulait que Schera se sente un peu plus responsable et consciente de sa position.

« Oui, en effet. Je pense aussi. »

Même si elle venait d’être traitée indirectement d’idiote Schera ne paraissait pas particulièrement gênée. Sidamo fronça les sourcils, regardant directement son visage qui disait ‘Peu importe ; je suis heureuse du moment que je peux manger’.

« Votre unité de cavalerie est devenue la plus célèbre élite de Belta. Afin que vous n’entachiez pas cette réputation, servez-vous à loisir de vos adjudants. Acceptez leurs conseils, et continuez à servir le Royaume. »

« Compris. »

Puisque Sidamo n’en finissait pas de parler, l’attention de Schera commençait petit à petit à s’égarer. Ce simple ‘Compris’ avait nécessité l’emploi de toute sa force d’attention restante.

« Ne poursuivez plus jamais l’ennemi seule. De même pour la ‘Reconnaissance Forcée’ et le contrôle d’une unité de cavalerie en plein territoire ennemi. Si vous agissez comme une idiote et mourez au combat, le moral de toutes les troupes en sera affecté. Voilà le véritable sens du mot ‘Elite’. Je ne vous permettrai pas de mourir d’une façon stupide. Me suis-je bien fait comprendre ? »

« Bien sûr. »

—Bien sûr, elle ne comprenait pas.

Si, devant ses yeux, les vivres ennemies étaient tranquillement transportées, bien sûr qu’elle allait attaquer. Réussir à mettre la main sur des provisions et se remplir l’estomac était évidemment une bonne chose. Même si après plusieurs attaques du même genre, l’ennemi avait renforcé la garde des convois de nourriture. Cela lui avait en plus apporté du mérite, alors il n’y avait pas le moindre problème.

—Voilà ce que comprenait Schera.

« …..Comprenez-vous vraiment ? M’avez-vous bien écouté ? Si c’est le cas, dites-le-moi. »

Sidamo ne pouvait s’empêcher de douter de Schera. Son opinion d’elle était ‘Elle a de bons bras, mais sa tête est tout aussi mauvaise’. Le Général Yalder, bientôt ancien Général Yalder, pensait la même chose.

Un officier du personnel avait besoin de motivation pour gérer de telles personnes. Sidamo, n’ayant pas réussi, avait perdu son rang de Chef Officier du Personnel en conséquence. Maintenant, la Quatrième Armée allait avoir tous les pouvoirs, et sa route vers le succès s’était effondrée. Sidamo était déprimé, mais n’avait pas abandonné. Il ne comptait pas abandonner avant d’avoir réussi à restaurer son nom de famille.

« Moi, Major Schera, je comprend complètement ! »

« Je placerai plus tard les adjudants sous votre supervision directe. Je leur ai déjà parlé de leur avenir, alors il ne devrait pas y avoir le moindre problème…. Cela conclut notre rencontre. Vous pouvez partir. »

Épuisé mentalement, Sidamo retourna rapidement à son travail. Une forme différente de fatigue s’emparait de lui lorsqu’il avait Yalder comme partenaire de conversation. S’il continuait à parler plus longtemps avec la Mort, il risquait de se rappeler de son grand frère décédé. Sinon, peut-être allait-il devenir fou, comme sa grande sœur.

« Sir ! Moi, Major Schera, je retourne à mon devoir ! »

Schera, ayant fait l’effort de rester un minimum attentif à la conversation pendant une période aussi longue, paraissait presque prise de vertiges.

Après avoir quitté la pièce, elle laissa échapper un large soupir, soulagée d’être enfin libérée de toutes ces formalités. De plus, elle rajouta un ‘’Ahh, je suis épuisée’’ d’une voix stupide.

—A cet instant, un lourd objet cogna la porte du bureau depuis l’intérieur.

La porte étant résistante, pas une seule fissure n’était visible.

Un profond stress s’était accumulé chez l’ancien Chef Officier du Personnel, qui avait jeté un pot de fleur contre la porte.

Il a sans doute faim. Sympathisa Schera.

« ……Comme je le pensais, la tête ne fonctionne pas très bien lorsqu’on a faim. »

Schera sortit un morceau de pain du sac qu’elle portait, et le posa devant la porte du bureau avant de partir. Le geste était similaire à celui d’une personne nourrissant un animal, ou laissant une offrande à un mort.

Bien évidemment, la colère de Sidamo éclata lorsqu’il découvrit le pain posé par terre devant la porte de son bureau.

 

—La Troisième Armée du Royaume occupant le Château Belta et l’Armée de Libération de la Capitale Royale occupant le Château Antigua étaient tombés dans une impasse mutuelle. La cavalerie de Schera, comptant à nouveau 3 000 soldats, fut déployé et, profitant de sa mobilité, reçut la tâche de patrouiller et d’éliminer les ennemis proches.

Ce qu’elle fit, mais Schera prit aussi quelques actions indépendantes, tel que conduire une Reconnaissance Forcée ou attaquer des convois de vivres de l’Armée de Libération. Il s’agissait d’une attitude allant à l’encontre des régulations militaires, mais puisqu’elle réalisait des gains à chaque assaut, ses transgressions étaient ignorées. L’Armée de Libération était plus ennuyée par ces tactiques de guérilla que prévu, et inévitablement, la garde de ces convois fut renforcée.

C’était à peu près à cet instant que le nom de Schera commençait à circuler dans les rangs de l’Armée de Libération.

 

*Le nom de Schera est une référence à Schéhérazade, des Mille et Une Nuits.

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Traduit par la team : Blastaf