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The Dungeon Seeker

Traduit par la team : Zanza trad
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Meilleur constraste
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Tome 2 Chapitre 12 – Le village traditionnel et la Troupe de la griffe du dragon


Changement de terme à partir d’ici, la compétence Identification devient regard évaluateur


Dans la tente, il semblait être accueilli chaleureusement. Ce devait être la plus grande tente même dans ce campement. Elle était d’une taille comparable à une pièce de vingt tatamis – environ trente mètres carrés.

Un simple tapis était étendu sur le sol, sur lequel plusieurs sortes d’aliments étaient disposés. Apparemment, l’usage de tables ne faisait pas partie de la culture de ce peuple.

L’odeur étouffante des légumes sauvages en train de frire dans l’huile, l’odeur puissante venant de la viande séchée revenue à la poêle avec de l’ail stimulait son appétit.

Trente personnes entouraient Junpei. Dans la coupe de chacun, quelque chose ressemblant à du vin avait été généreusement versé. Quelques personnes qui finissaient vite leur coupe riaient fort.

Cet environnement, c’était…

…Un banquet.

– Eh bien, allez-y, je vous en prie.

Comme on le lui demandait, Junpei but la moitié de sa coupe, qui fut immédiatement remplie par un vieil homme.

Alors que le vieillard chauve versait le vin, il lui fit un sourire amical qui accentua ses rides.

Les vêtements que le vieil homme portait était un costume traditionnel fait de chanvre teint en rouge. Sur Terre, cela ressemblerait aux habits d’un moine bouddhiste indien.

Tous hormis Junpei portaient ces vêtements, mais le ton de celui du vieil homme était particulièrement pourpre.

Cela signifiait qu’il avait un statut important, il devait être le chef du campement.

S’assurant que Junpei mange ce qu’ils avaient généreusement sorti pour lui, le vieillard hocha la tête avec une profonde satisfaction.

– N’est-ce pas exquis ?

– Si, c’est délicieux. Êtes-vous content de me voir manger avec joie ?

« Haha », le vieil esquissa un sourire et hocha la tête.

– L’hospitalité est la raison de notre existence, après tout. Si nous ne pouvons satisfaire nos invités, nous faisons mal notre travail.

– Les satisfaire est votre travail ?

La fermentation du vin devait être mauvaise, car il y avait un arrière-goût d’acide acétique…mais ses habitudes alimentaires étaient mauvaises, et finalement cela n’avait étrangement pas si mauvais gout.

La nourriture aussi était délicieuse.

S’il y a de la bonne nourriture, il est normal que l’alcool descende facilement, aussi la coupe de Junpei fut vidée d’un trait.

Même en ne regardant que le banquet, le niveau de vie à cet étage était clairement élevé. La qualité de la nourriture était potentiellement meilleure que celle du monde extérieur. Toutefois, elle pâlissait en comparaison avec la nourriture japonaise.

Alors qu’il songeait à cela, Junpei entendit inconsciemment l’histoire du vieil homme.

– …et c’était comme cela. Aventurier de l’interstice…cher voyageur, accepterez-vous de coopérer avec nous ?

Après un moment de réflexion, Junpei répondit :

– Tout ce que vous venez de dire est vrai… ? C’est incroyable…

– Tout est vrai.

– Non, attendez…il existe vraiment, dans les parties les plus profondes du labyrinthe…un groupe qui prétend le terminer, agissant comme une organisation…existent-ils vraiment ?

– Dans les parties les plus profondes que l’humanité ait atteinte, ce trouve ce groupe…la seule réponse possible est qu’ils existent. Leur nombre total est d’une centaine. Leur nom est la Troupe de la Griffe du Dragon. A un étage bien plus profond que celui où nous nous trouvons, lentement, ils avancent tout en gardant une marge de sécurité. A l’instant où ils auront nettoyé un niveau très difficile, ils pourraient bien créer des campements voire des villes là-bas…même si cela prendrait beaucoup de temps.

Junpei plaça un doigt entre ses sourcils et demanda tout en essayant de rester calme :

-Puisque c’est plus profond, ça signifie que la difficulté n’est pas comparable, n’est-ce pas ? J’ai du mal à croire qu’une centaine de personnes puisse atteindre un endroit aussi éloigné dans le labyrinthe.

Le vieil homme sourit malicieusement.

– Eh bien, n’est-il pas vrai que vous êtes arrivé jusqu’ici ?

Une fois encore, Junpei vida sa coupe, qui fut aussitôt remplie.

Le vieil homme hocha joyeusement la tête en voyant combien Junpei buvait.

– Non, ben, c’est vrai mais…je veux dire, je ne suis pas normal, je veux dire, je ne suis pas arrivé jusqu’ici par des moyens conventionnels…

Alors que Junpei ne trouvait pas ses mots, le vieil homme sourit à nouveau.

– La probabilité d’arriver jusqu’ici n’est que de quelques pourcents même pour un groupe d’une dizaine d’aventuriers de rang S, nous sommes dans ce genre de situation. Seul, le taux de survie est inférieur à un pour cent. Cela montre à quel point tu es d’un autre niveau.

– Alors pourquoi…plus de cent dans cet endroit…

Même en demandant ceci, Junpei connaissait la plupart de ces informations à cause de sa discussion avec le Dieu un peu plus tôt.

Le Sage dont le Dieu lui avait parlé et le groupe qui prétendait vouloir terminer le labyrinthe, appelé la Troupe de la Griffe du Dragon.

Il était impossible de ne pas associer les deux. Ayant passé un temps inimaginable à améliorer ses compétences, si c’était le Grand Sage qui avait gagné une quantité de connaissances et de pouvoirs immenses, les moyens d’attaque réguliers pourraient bien le traverser. Il était normal de penser ainsi.

Sans se soucier des spéculations de Junpei, le vieil homme sourit innocemment.

– La raison de l’existence de ce campement est d’envoyer des guerriers à la Troupe de la Griffe du Dragon, dans les parties les plus profondes du labyrinthe.

– Guerriers ?

Le vieillard hocha la tête.

– Les guerriers assez forts pour passer les différentes épreuves et arriver jusqu’ici, ils souhaitent en faire leur force. Il est évident que plus on s’enfonce dans le labyrinthe, moins on compte de survivants, n’est-ce pas ?  Comme s’ils n’étaient rien.

– C’est vrai. En gros, ils ont besoin de remplir leurs rangs, pas vrai ?

– C’est exact.

– Mais, comment m’emmènerez-vous jusque dans les parties les plus profondes ?

En posant cette question, il avait déjà une idée de la réponse.

Au milieu de la tente, partant d’un pilier central, un cercle magique avait été tracé. Et aux points cardinaux du cercle magique, des objets magiques suspicieux tels que des pots ou des paquets étaient disposés.

En utilisant la compétence « Identification », il ne résulta rien de concluant.

Pour faire court…c’était impossible à évaluer.

Le niveau de la compétence « Identification » de Junpei était le plus haut de la classe super. Il aurait donc dû être capable d’évaluer la plupart des matériaux de ce monde et leurs effets.

Plus probablement, ce cercle magique était celui qui les enverrait sur le front, mais il ne pouvait voir quelle sorte de magie faisait fonctionner ce cercle.

Les paroles du vieil homme confirmèrent les suppositions de Junpei.

– Ils ont obtenu de nombreuses techniques qui transcendent la connaissance humaine. Ceci en est un exemple : c’est cercle de téléportation. Si les conditions sont remplies, il est possible de téléporter des aventuriers vers les premières lignes à tout moment. Plusieurs fois par an, le cercle brille et nous envoie des provisions.

– Les provisions arrivent jusqu’à eux ?

– Nous ne le faisons pas pour faire joli ou par folie. Il faut savoir qu’à cet étage, nous manquons cruellement de sel. Et aussi de sucre, comme ingrédient de luxe.

« Manque de sel… », la bouche de Junpei béante d’étonnement. Cela dit, une carence de sel est plus dangereuse qu’une carence de protéines, comme c’était le cas du village de Katrina. Junpei sentit une goutte de sueur froide couler le long de son dos.

Cela signifiait que la santé des habitants du campement dépendait de ce groupe qui arpentait les profondeurs du labyrinthe…

– La difficulté de ce donjon est cauchemardesque. Le groupe qui veut le terminer est constamment confronté à la mort et doit manquer de membres. C’est pourquoi nous recrutons des guerriers pour eux.

– …et donc ?

– C’est un échange de bons procédés entre notre campement et la Troupe de la Griffe du Dragon. Nous devons leur envoyer des aventuriers de haut niveau…

– Et ils vous envoient des provisions de sel et de sucre.

– Si nous ne leur envoyons pas d’aventurier d’un niveau supérieur à cinq cents avant la date limite, les provisions diminueront, et une partie de la population en mourra. Je vous le redemande : acceptez-vous de coopérer ? Ce cercle magique ne laisse passer que ceux d’un niveau supérieur à cinq cents. Si cette condition n’est pas remplie, il est impossible d’être téléporté.

Le silence se fit et tout le monde semblait suspendu aux lèvres de Junpei. Il était évident, au vu de leur expression, que la date butoir était proche et qu’ils n’avaient pas envoyé d’aventuriers.

Junpei sourit, se moquant bien de leur sort.

– Désolé, mais je refuse.

– Pour quelle raison… ?

Il regarda la nourriture, puis secoua horizontalement la tête.

– C’est la première fois que j’entends parler de ça. Croyez-vous qu’il existe quelqu’un d’assez idiot pour prendre un tel risque ? En plus, l’existence même d’un cercle de téléportation est douteuse. Si vous essayiez de me tuer…par exemple, si ce cercle magique activait un sort de paralysie, je ne pourrais pas me défendre.

Quelques soupirs se firent entendre dans la tente.

Au cas où quelque chose se passerait, Junpei attrapa la poignée du Croc de Cerbère cachée à sa taille de la main droite et redoubla d’attention sur ce qui l’entourait. Dans ce monde, lorsque quelque chose se passe mal, l’utilisation de la force est le type de dialogue le plus fréquent.

Mais, contrairement à ses attentes, le vieillard conserva son sourire.

– Je vois, tu n’as pas tort. Eh bien, un invité reste un invité même s’il refuse de nous aider. Profite du banquet que nous avons préparé pour t’accueillir.

Junpei hocha la tête et observa à nouveau la nourriture. Et sourit. Non, jubiler serait plus précis. Il soupira intérieurement en activant « regard évaluateur ».

« Je suppose que dans leur situation, ils sont obligés de recourir à ces méthodes… »

– Je vous remercie, je n’ai pas mangé de vraie nourriture depuis un moment, vous savez… Je vous remercie sincèrement. Donc, les provisions envoyées ici…il semblerait qu’il n’y ait pas que du sel. Ils envoient aussi des femmes ?

Il pointait du doigt celle qui servait exclusivement le vieil homme et lui-même, l’air étonné.

C’était une belle fille qui attirerait le regard si on la croisait en ville. Elle semblait se situer dans la fin de l’adolescence. Les cheveux platines et la peau marron, elle portait des vêtements transparents à volants comme une danseuse persane. Ses yeux étaient à mi-chemin entre l’argent et le bleu marine.

– Je ne sais pas comment ce campement a été créé, mais c’est la seule fille que j’ai vue à cet étage. Et je ne vois aucun signe d’enfants.

– Tu as raison, il n’y a que des hommes à cet étage. Et c’est aussi vrai que des femmes nous sont envoyées. Mais c’est seulement une récompense pour l’envoi d’aventuriers de haut niveau…ce sont des biens de luxe n’ayant pas de capacités de reproduction.

– Des biens de luxe… Il n’y a vraiment rien de bon dans ce foutu labyrinthe.

La vulgarité transparut pour la première fois dans l’expression du vieillard.

– C’est vrai, elles ne sont pas fertiles, mais elles sont des organes génitaux.

La tête de Junpei commençait à lui faire mal, mais le chef du campement continua sans y prêter attention.

– C’est la raison pour laquelle il n’y a pas d’enfants à cet étage. Mais des enfants jeunes et en bonne santé sont nécessaires à la survie de notre peuple. Des jeunes qui doivent s’installer ici sont envoyés, mais avec eux sont envoyés des croisés.

– Croisés ?

– Des enfants maudits.

-Des enfants maudits ?

– C’est bien ça. Des enfants avec des cheveux platines, des yeux bleus et la peau marron. Et ils doivent avoir le statut social le plus bas de cet étage, c’est-à-dire esclave.

« Ah… », Junpei hocha la tête.

– Et qu’arrive-t-il aux enfants maudits ou quel que soit leur nom ?

-Hmm…le nombre total d’homme dans le campement est de deux cents. Il y a peu d’enfants maudits…chaque nuit, on attend son tour.

Dans ce donjon, le comportement délirant des gens leur semblait complètement normal. Junpei n’avait rien à dire à ce propos et ne souhaitait pas intervenir.

S’il y a une femme dans un environnement masculin…c’est probablement un phénomène naturel. C’était peut-être même galant d’attendre leur tour plutôt que d’y aller tous en même temps continuellement.

Galant ? Non, c’était mal. Junpei ne l’avait pas manqué. Alors que le vieil homme parlait d’attendre son tour, l’épaule de la serveuse avait tremblé. Il y avait aussi les ecchymoses et les blessures qui se voyaient à travers ses vêtements… Il ne s’agissait pas que de la nuit. Il était certain qu’elle se faisaient violer et violenter quotidiennement.

– Et la raison pour laquelle vous la traitez comme ça…à part son sexe, c’est seulement à cause de son apparence ?

– Tout à fait. Ce sont des lois ancestrales.

« Ha… », Junpei soupira. En regardant la fille, il se dit qu’elle lui ressemblait. Gros ou encore introverti, la raison pour laquelle il avait été envoyé ici était similaire. Qui plus est, elle était déshonorée chaque nuit pour ces raisons ridicules, et son corps était malmené.

– Hé, toi ! Comment tu t’appelles ?

Avec une expression troublée, la serveuse regarda le vieil homme. Elle avait probablement l’interdiction de parler à un invité sans demander la permission.

Le vieil homme hocha la tête en signe d’approbation et la fille se tourna face à Junpei.

– …Kishin.

Elle avait répondu d’une voix froide et éraillée. A l’instant où leurs regards se croisèrent, Junpei sentit que son cœur était arraché. Ses yeux bleu marine vous feraient retenir votre souffle…mais ils étaient dépourvus de brillance. Ils étaient aussi ternes que les siens à chaque fois qu’il se regardait dans le miroir quand il était encore au lycée.

– Toi… ?

– …qu’y a-t-il ?

– Tu es…d’accord avec ça ?

« De quoi parle-t-il ? », semblait-elle se demander, fronçant ses jolis sourcils en silence.

Essayait-elle de comprendre le sens de la question ? Elle pencha légèrement la tête sur le côté. Puis elle hocha la tête comme si elle avait compris.

– Le partenaire d’aujourd’hui, vous voulez dire ? Si c’est à ce sujet, si vous comptez être mon partenaire, je n’aurai peut-être pas à le faire avec une dizaine d’hommes aujourd’hui. Si c’est suffisant avec un, je le demanderais même de moi-même.

Sur ces paroles, Junpei secoua la tête horizontalement. S’il s’en souvenait bien, Noriko lui avait dit, à cet instant-là :

« Pourquoi est-ce que tu ne réponds pas ? C’est parce que tu les laisses faire ce qu’ils veulent que ça empire. »

A ces mots, qu’avait-il pensé lui-même ? Et, même s’il l’expliquait à la fille qui avait grandi dans un environnement très différent et faisait preuve de sens commun, à quoi cela aurait-il servi ?

Il n’était qu’un aventurier passant par là pour les gens vivants à cet étage. Il n’avait ni le droit, ni le devoir d’aider cette fille de son propre chef. En réfléchissant, Junpei sortit une jarre de son inventaire. Il donna à la fille une jarre de cinquante centimètres de haut pour dix de diamètre.

– Qu’est-ce que c’est… ?

– A ton avis ?

– …une jarre ?

Kishin répondit à Junpei sans changer d’expression et d’une voix toujours aussi froide.

– C’est plus que ça. Cette jarre contient du sel. J’ai refusé d’aller au front, mais je vais vous donner ça en échange de l’accueil. La moitié au vieil homme et l’autre moitié à toi.

Il y eut un moment d’agitation dans le groupe. Le sel avait une grande valeur à cet étage.

Très prudemment, Kishin ouvrit le couvercle, plongea son doigt dans les grains blancs et les goûta. Ses yeux s’agrandirent au goût du sel et elle lui demanda :

– …puis-je…réellement…la prendre ?

– Ouais, je n’en ai pas besoin. Tu ne le sais probablement pas, mais…il y en a des montagnes à un certain endroit.

Même s’il avait dit que Kishin et le vieillard pourraient en avoir la moitié chacun, Junpei doutait que cela se passerait ainsi. Toutefois, même si les locaux s’emparaient de la totalité du sel, la manière dont ils la traiteraient était susceptible de changer rien qu’un peu, et avec une telle quantité, qui sait ?

Cela n’avait pas été le cas pour Junpei. Il esquissa un sourire découragé. Mais, en apercevant ce sourire, Kishin répondit elle-même par un sourire. On aurait dit que ses muscles peinaient à se contracter ; elle ne devait plus sourire depuis qu’elle se trouvait à cet étage.

Tout en souriant maladroitement, elle lui dit aussi bas que d’habitude :

– …merci.

C’était un sourire irréel, qui manqua de peu de s’emparer du cœur de Junpei. Alors qu’il était agacé, le vieil homme lui dit en s’inclinant :

– Merci de nous donner autant de sel…on dirait que Kishin te plaît…je t’en prie, profite bien de cette nuit…

Junpei se leva brusquement d’un air offensé.

– Je suis rassasié, donc je vais partir. Je dois aller au prochain étage.

Le vieillard se leva précipitamment et attrapa sa main.

– Tu es trop pressé ! Je t’en prie, reste au moins pour cette nuit…nous pourrions aussi commercer demain matin…bien sûr, tu décideras des prix…s’il te plaît…vois-le comme nous sauver la vie, reste cette nuit s’il te plaît…

Junpei devint moqueur.

– Non, on dirait qu’il y en a dans tous les aliments, donc je vais modestement décliner la proposition d’échanger du sel.

– De quoi tu parles ?

Junpei regarda le chemin vers l’entrée de la tente. Comme s’il n’y avait aucun problème même si les choses commençaient à mal tourner, il afficha un sourire plein d’assurance.

– Ne me dites pas que…vous croyiez vraiment que je n’avais pas remarqué ? Je vais vous le dire, même si je restais ici une semaine, je ne montrerai aucun symptôme d’addiction. Il vaut mieux que vous reculez tant que je souris.

Le chef du campement sentit de la sueur froide lui couler le long de l’échine.

– Vous avez bu en connaissance de cause ?

« Ah… » Junpei hocha la tête et afficha un sourire innocent…avant de pointer du doigt les tonneaux de vin et de nourriture.

– Sérieusement, celui qui se fait appeler le Grand Sage sur le front est ridicule…les drogues mélangées avec ça…ce n’est même pas magique ou alchimique…c’est juste une drogue synthétique…des amphétamines…

Alors que tout le groupe béait d’étonnement, Junpei continua sans s’en soucier.

– Même si je vous parlais de stimulants par voie orale, vous ne comprendriez pas, hein? A moins que vous utilisiez des aiguilles, d’habitude ? On s’en fiche. Il est plus probable que vous utilisiez les provisions de luxe comme des drogues qui vous font vous sentir bien sans rien. J’ai la compétence [Résistance aux altérations d’état], après tout…ce niveau de poison ne risque pas d’avoir le moindre effet sur moi. Et bien entendu, je ne peux pas non plus être saoul.

Les hommes fixaient le sol en écoutant Junpei.

– Vous les laissez rester quelques jours ou quelques semaines, prétendant les inviter. Le temps qu’ils s’en rendent compte, il est déjà trop tard, ils ne peuvent plus s’échapper. Ensuite, vous les baratinez pour les envoyez sur le front, par exemple en leur racontant qu’ils ne peuvent avoir plus de drogue qu’en allant sur le front.

Incapable de répondre quoi que ce fut, le visage du vieillard se rida encore plus.

*PAF!* Junpei claqua ses mains bruyamment.

– J’ai mangé de la bonne nourriture pour la première fois depuis longtemps. Merci. Voyez le sel comme un remerciement.

La situation pouvait dégénérer à tout moment. Mais, comme les eaux devant Moïse, les gens s’écartèrent pour laisser passer Junpei. A dire vrai, personne dans ce campement n’avait la force de se battre contre Junpei.

– …attends.

Alors que tout le monde était sidéré, Kishin se leva et trotta vers lui alors qu’il quittait la tente. Mais la voix du vieil homme résonna dans la tente.

– Non ! Ne le touche pas ! Ne le suis pas ! Tu seras épargnée si tu ne le touches pas !

Kishin le regarda d’un air stupéfait.

– …Je ne comprends pas ce que vous dites. Je ne fais que l’accompagner. Non, je veux l’accompagner !

– Hé! Je t’ai dit de t’arrêter ! Ne t’approche pas de cet homme… !

Refusant de l’écouter, Kishin courut rejoindre Junpei.

– Pourquoi tu me suis ?

– …pour t’accompagner.

Ils étaient déjà à cinq bons kilomètres du campement. Alors qu’il marchait sur un chemin au milieu d’une prairie, Junpei afficha son étonnement devant Kishin qui le suivait comme un chien.

– Dans ce cas, je vais le demander autrement. Pourquoi tu veux m’accompagner ?

En marchant à un mètre de lui, elle lui répondit en rougissant timidement :

– …C’est la première fois…que quelqu’un est gentil avec moi…n’est-ce pas suffisant ?

En même temps qu’elle prononçait ces mots, Kishin attrapa l’ourlet de la manche de Junpei. Il ne répondit rien, se contentant de montrer une expression de culpabilité. Kishin rougit un peu plus comme il ne la repoussait pas, et hocha vivement la tête. Ils avançaient ainsi en silence et atteignirent finalement la limite de cet étage.

Au bout du chemin se trouvait la porte en noir habituel dans la roche. A partir de là, l’enfer habituel allait certainement reprendre.

« Honnêtement, si c’était seulement pour aller sur le front, j’aurais pu accepter leur requête. »

S’il devenait un membre de la Griffe du Dragon, il avait probablement plus de chances de survie que tout seul. Cependant, il se disait que c’était aussi dangereux de faire confiance à ces gens…

– Ta vie quotidienne, elle était aussi horrible que je l’imagine ?

Kishin hocha la tête.

– Je n’avais pas le temps de me reposer entre les corvées de la journée. Je mangeais seulement ce qu’on donne au bétail et la semence que je pouvais avaler pendant le travail de nuit. En plus, je ne pouvais pas beaucoup dormir.

Junpei ne pouvait lui poser d’autre question. Elle marchait elle aussi sur la voie de Shura. (Elle devait se battre en permanence contre quelque chose de manière inhumaine. Le monde de Shura est gouverné par la colère et la douleur, source en anglais: https://www.quora.com/In-Japanese-what-is-the-meaning-of-shura)

« Mais c’est un problème qu’elle doit résoudre par elle-même, et je n’ai pas de mots pour le lui dire. »

C’était le milieu de la nuit. Les cheveux platine illuminés par la lumière du clair de lune était aussi éphémère que la floraison des cerisiers au printemps. Junpei retint son souffle devant une telle beauté.  Quand bien même, il ne pouvait rien faire dans cette situation. S’il se souciait trop de cette fille, cela pourrait poser problème…

Il arriva à une conclusion.

– Bon…j’y vais, maintenant…

– …attends. J’ai quelque chose à te dire.

– J’avais deviné.

– …je veux que vous m’emmeniez avec vous.

– Pourquoi ?

– Je déteste être traitée comme une esclave. Je suis les vieux poilus. Je déteste le faire avec les hommes du village…et par-dessus tout…je déteste le fait que personne ne soit gentil avec moi ici. Je suis contente que tu me traites bien…

Les rayons de la lune se reflétèrent sur ses larmes.

– Eh ben, je n’avais pas besoin de demander…

Kishin approuva sa remarque.

Alors que de grosses larmes s’écrasaient sur le chemin rocheux, tout se produisit en un instant.

Junpei se servit de sa vitesse maximale pour l’attraper par derrière. Il plaça le Croc de Cerbère sous sa gorge.

– C’est pour ça que tu as quitté le village ? Pour me tuer ?

– …comment ?

Tandis que la lame touchait la gorge de Kishin, Junpei continua.

– Tu parais surprise encore une fois. C’est une mauvaise blague, tu sais ? Tu allais me tuer la première.

Elle répondit par un sourire maladroit.

– …je peux vraiment imaginer quel horrible chemin tu as traversé jusqu’à maintenant…penser que tu douterais même de moi…

– Même si je suis comme ça, j’ai pensé plein de fois à nous entretuer, tu sais…j’ai une bonne raison de douter de toi, tu vois…

– …une raison ?

Junpei la frappa dans le dos, atteignant probablement l’estomac, car elle tomba par terre en plaçant sa main devant la bouche.

– Lève les mains d’abord. Ensuite agenouille-toi là. Voilà, les mains derrière la tête.

Il replaça le Croc de Cerbère au niveau de son artère carotide.

– Comment crois-tu que j’ai remarqué que la nourriture était pleine de drogue ?

– …Je ne sais pas…

– C’est la raison pour laquelle tu as perdu. J’utilise la compétence [regard évaluateur]. Et je l’ai utilisée sur toi quand tu m’as suivi.

– …[Regard évaluateur]?

– Hormis les matières non organiques, cette compétence peut aussi analyser les monstres et animaux non humains.

Le visage de Kishin devint livide. Junpei lui dit avec une teinte de tristesse dans la voix :

– Hé…Kishin? Non…Homonculus?

Elle secoua la tête horizontalement comme pour abandonner complètement.

– …C’est fini…je ne peux plus rien faire. Sais-tu pourquoi on nous crée aussi beaux ?

– Ouais, c’est un effet secondaire que tu sois aussi populaire auprès des hommes. Il n’y a vraiment rien de bon, hein? Après tout, la véritable raison pour laquelle on t’a envoyée à cet étage, c’est pour servir d’appât.

Le résultat de l’analyse de Kishin était le suivant:

[Homonculus Ouroboros]

Niveau de danger : B+

Caractéristiques : l’Homonculus est une forme de vie artificielle créée par un magicien de haut niveau ou par un esprit. Utiliser le sperme d’un homme adulte et les règles d’une femme adulte permet de créer un corps avec les mêmes caractéristiques qu’un mort-vivant, mais qui peut grandir.

Toutefois, cela requiert l’utilisation d’ADN extrait du serpent Ouroboros, qui utilise la neurotoxine la plus puissante du labyrinthe, qui est donc contenue dans le corps de l’Homonculus.

Ces créatures sont hermaphrodites et leurs parties génitales sont bien cachées. Elles utilisent le sperme ou les sécrétions vaginales comme intermédiaire pour empoisonner leurs victimes durant l’acte sexuel. Ils peuvent ainsi tuer des ennemis bien plus puissants qu’eux. C’est pour cela qu’ils sont considérés comme des monstres B+ malgré leur faiblesse.

Junpei poussa un profond soupir.

– Un Homonculus…c’est compliqué. Tu es utilisée comme un pion par la Griffe du Dragon. Ils t’utilisent même comme sacrifice. Le campement a besoin de protection et ceux qui l’atteignent sont tous des psychopathes complètement tarés. Ce serait ennuyeux d’avoir à reconstruire ce campement alors qu’il leur est utile.

– C’est exact.

– Tout de même, ils ne peuvent pas gâcher ceux qui sont assez forts pour arriver jusqu’ici. C’est pour ça qu’ils t’ont envoyée comme moyen de défense. Quand les aventuriers qui arrivent ici commencent à tuer ou piller, toi, la plus jolie, ils te violent d’abord. Et tu les tues avec ton sperme ou ta cyprine.

– …Exact. C’est déjà fini. Faites ce que vous voulez de moi. Tuez-moi si vous voulez.

– Et pourtant, j’ai un doute.

– …Un doute ?

– Le chef du campement t’a ordonné de ne pas me suivre. Tu ne l’as pas écouté et tu m’as suivi.

– …Que voulez-vous dire ?

– La raison pour laquelle tu voulais me tuer. C’est un cas extrême d’aller à l’encontre du chef du campement. Mais c’est…le début de la malchance.

Mêlée à des sanglots, sa voix était difficile à entendre.

– Dans un tel endroit, dans une telle vie, je déteste finir ma vie comme ça. Je ne suis pas un objet. C’est pourquoi…je me moquais de mourir…je voulais être envoyée au front. Et je…voulais obtenir ma liberté par mes propres moyens. Je voulais me battre…pour pouvoir sortir d’ici.

– …

– Ce portail est impartial envers toutes les créations…humains, Homonculi, …si mon niveau était suffisant, je pourrais le passer.

– En gros, tu voulais me tuer pour monter de niveau ?

Le visage penché vers le sol, en tremblant, elle répéta la même phrase :

– …Exact…

– Ça veut dire que tu…?

– Je voulais aller dans le monde extérieur. Je voulais connaître le monde extérieur…c’est tout.

Junpei se releva, relâcha la pression du Croc de Cerbère sur sa gorge et s’éloigna lentement.

Ne sachant pas ce qui se passait, elle se leva, incrédule.

« Ahh…elle est pareille que l’ancien moi ». Non, comparé à lui qui n’avait rien fait avant d’être envoyé dans le labyrinthe, elle était bien au-dessus. C’est pourquoi…

– …Je te laisse partir.

– …Comment ?

Alors qu’il approchait de la porte vers l’étage suivant, il lui dit sans la regarder :

– Je n’ai aucun mérite à te tuer…pars avant que je change d’avis. Et, tu n’as pas remarqué ?

– Remarqué quoi ?

– C’est une histoire pourrie que d’être utilisée comme un pion pour nettoyer le labyrinthe, mais comme tu le veux, si tu veux vraiment être utilisée comme un pion, tu serais quand même épargnée. Mais…même si tu étais envoyée là-bas, il n’y a aucune garantie que tu sois envoyée sur le front. Autrement dit, tu n’as pour seule valeur que des points d’expérience…Hé!

Kishin sortit un couteau de dix centimètres de sa taille et chargea en direction de Junpei. Ce couteau était enduit des fluides qu’elle avait sécrétées plus tôt, suffisamment puissants pour que le poison ait de l’effet sur lui. Il n’avait que de la résistance aux effets nocifs, pas l’immunité.

Si ce couteau se plantait dans son corps, il ne pourrait pas s’en sortir indemne. C’est pourquoi…

*Pan!* Un bruit sec. Il avait tiré avec le [S&W M57] magnum calibre quarante. Junpei qui avait tué le cerbère et elle qui n’avait vécu que comme esclave dans ce campement, la différence était trop grande.

– Foutue imbécile…pourquoi aller aussi loin…?

– …Je comprends ce que vous voulez dire. Être envoyée sur le front avec la téléportation…j’y ai pensé de nombreuses fois…mais…même…comme ça…moi…dans un endroit…différent du campement…

Elle s’éteignit sur ces paroles, une balle logée dans le cœur, tandis que le sang s’écoulait de plus en plus vite, formant une flaque en dessous d’elle. Junpei la serra dans ses bras au milieu de la flaque de sang.

Puis il dit, dépité :

– Finalement…même si tu m’as attaqué imprudemment dans ton état actuel, c’est ce qui arrive quand on est faible…pas vrai, Noriko ? Ce jour-là, à cet instant, avant d’arriver dans ce monde…qu’est-ce que j’aurais dû faire ? Étant faible…même si j’avais tenté quelque chose contre Kido, est-ce que ça aurait changé quoi que ce soit ? …J’en sais foutrement rien.

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Traduit par la team : Zanza trad